Cette tour de verres dressée devant toi,

Te contemple, épuisée. Combien dans cette pile

Disposés en quinconce, penchés et pantois

De se voir déjà vides ? Dis donc ! Ça défile !

 

Tu ne te rends plus compte et ne veux calculer

Les litres déjà bus. Ignorant jusqu’à l’heure

Tu ne veux plus rien d’autre que sentir couler

Ce liquide en ta gorge, évitant ta demeure

 

Où les tiens t’attendent. Ne les aimes – tu point

Assez pour réfréner ce désir si nuisible

Dans lequel tu te noies ? Tu restes dans ton coin

A pleurer sur ton sort cette peine indicible..

 

Et ta tour de verres observe ton néant.

Personne ne comprend du bonheur cette fuite

Car quand tu rentreras tu te croiras géant

Et tu exerceras ton pouvoir sur ta suite

 

Provoquant aussitôt l’inévitable fin

De toute joie chez l’autre… N as-tu donc conscience

Que tu peux partager autre que ton chagrin

Avec eux des moments de bonheur, d’insouciance ?

 

Comprends tu qu’à présent ceux qui jadis t aimaient

Té détestent et t’en veulent de briser leur vie,

Votre amour, leur foyer ? Tu leur réponds  « jamais »

Quand ils voudraient qu’un jour tu combattes l’envie

 

Et acceptes enfin une main pour t’aider.

Mais pour toi le problème vient de ta famille :

Qu’ont-ils donc ainsi tous à venir sermonner

Tes moindres faits et gestes ?  Pourquoi une béquille

 

Quand tout marche si bien ? Malade ? Toi ? Grand dieu !

Tu goûtes simplement à ce plaisir de boire

Quand tu es entre amis ! Il fait pleurer tes yeux

Quand tu es un peu triste, il soigne le déboire

 

Aussi oui c’est certain ! Et tu te sens plus fort

Quand tu as descendu un verre, une bouteille.

Tu te soignes déjà ! Pourquoi faire un effort

Et se priver de ça ? Tu oublies que la veille

 

Ils ont eu peur de toi. Tu oublies aisément

Ce que eux endurent chaque jour par ta faute…

Eux ils n’y sont pour rien mais ils paient constamment

Le prix de ton ego même sans fausse note

 

Ils sont ton dévidoir et doivent supporter

Les insultes, la honte et le pire peut-être

Ton je m’en foutisme quand ils t’ont expliqué

Tous ces actes commis et tu sembles paraître

 

Même presque amusé de ce qu’ils te relatent.

Et s’écoule l’alcool sans que rien ne te gêne

Hormis ces reproches quand leur colère éclate.

Tu préfères donc fuir, te noyer dans ta peine

 

Et ignorer ceux que tu blesses sans remord.

Tu chancelles quand ta tour de verres oscille

Rejoins donc les vivants !  Là tu es presque mort !

Ils t attendent encore. Prends garde à leur faucille. ...