blog littéraire

17 octobre 2017

Il y avait...

Il y avait…

 

Il y avait, il y avait :

 

Tout d’abord ta beauté, mon regard qui s’attarde,

Qui te cherche toujours, puis qui capte le tien,

Et des yeux qui se fuient, des contacts qu’on se garde

De créer, de nos mains, de nos joues, qu’on retient…

 

Il y avait, il y avait :

 

Une amitié naissante entre âmes qui s’apprennent

Au fil des jours, émues, de comprendre déjà

Cette autre, et nos rires qui envolaient ma peine,

Et ce secret surtout dont je parlais tout bas…

 

Il y a eu, il y a eu:

 

La claque magistrale à l’instant où se lève

Cette évidence que je ne voulais pas voir,

Lorsqu’enfin j’ai compris que plus que ton élève

J’étais ta soupirante et j’aimais sans pouvoir…

 

Il y avait, il y avait

 

Ensuite cette quête où chaque petit geste

Me rapprochait de toi. Une bise, et nos mains

Qui s’éffleurent, se rejoignent, le cœur qui se leste

De se contenter du peu et penser que demain

 

Il y aura, il y aura

 

Peut être ce silence face aux maux qu’on prononce,

Ton absence choisie, et cet arrêt possible

De tout lien entre nous…Faut-il que je renonce ?

Cette peur de te perdre, une issue impossible….

 

Il y a eu, il y a eu

 

Cette mise à distance et le poids du non-dit,

Mes vaines tentatives pour que tu ne t’éloignes,

Ton incompréhension face à mon interdit

Et mes sanglots muets de terreur qui empoigne…

 

Il y a eu, il y a eu:

 

Tant de temps qui défile, la course des années,

Un silence entre nous et mon cœur en chamade,

Mes larmes de détresse et ses souvenirs nés

De ces instants précieux, cette douce pommade…

 

Puis un jour, il y a eu

 

Enfin en toutes lettres l’aveu de l’amour

Que je t’avais porté, ma peur….puis ton sourire !

Il y a, il y a, ce secret de toujours

Entre nous et la joie d’avoir pu te le dire !

 

 

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08 octobre 2017

Monde à l'envers

Dans nos mondes allant vers l ardue quête de soi,

De rencontres en désillusions qui nous hantent,

D espoirs dérévés en perte de la foi

Nous traversons des flots de peurs sanguinolentes

 

Et des mers de pourquoi à chaque déception.

Est-ce moi ? Est-ce l autre ? Est-ce là la logique ?

Mais y en a-t-il une quand on parle passion ?

Au-delà des espoirs d un bonheur chimérique ?

 

Et puis nous regardons ce monde sans comprendre :

L Homme serait il fou ? Ou bien sont ils à part ?

On questionne l humain : ses limites…à apprendre ?

Le loup garou en lui se taille belle part…

 

Où commence le monstre et où s’arrête l’homme ?

Et si, même un peu de pire dormait au fond de nous ?

Et s’il n était question de folie ou d’idiome ?

Si le monstre venait quand on est à genoux ?

 

Alors ? Et moi ? Et toi ? Et lui ? Et elle ? Des anges ?

N’oublie pas la part d ombre qui flotte en chacun.

Même ceux qui sourient veillés par leurs archanges

Affrontent leurs démons….crois bien qu’il n’est aucun

 

Individu ici vierge de tout noir…en chacun vit l’obscur.

Mais alors, la lumière ?  Oui chacun la recèle

Et peut la faire luire.  En plus ce n’est pas dur !

Il suffit d’un sourire, un brin d’Amour et telle

Une fleur qui éclot,  celui-ci se répand

En l’être de celui à qui on vient l offrir.

Tu vois,  c’est si facile : gentillesse qu’on tend

À l autre en un cadeau quand on le sait souffrir.

 

Alors dis moi pourquoi tout ce sang et ces larmes ?

Parce que la solitude et parfois un chemin

Qui elle viendra troubler…Et celui qui n’a d’arme

Face à ce monde hostile et qui cherche une main

 

Peut rencontrer parfois la mauvaise personne

Ou la mauvaise idée…est-ce un monde à l envers ?

Non, peut être pas, mais dans lequel résonne

Une souffrance d êtres qui trouvent en leurs pairs

 

Un écho qu’ils ignorent. Cestpourquoicette quête

Existentielle est si importante à nos yeux

Car pour ne pas se perdre il vaut mieux se connaître

Pour s accepter enfin et éloigner l odieux. …

 

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04 octobre 2017

Trou Noir

 Dans ta quête d’Amour, tu ne répands que vide…

Partout, autour de toi, on fuit à fond de train,

Puis le silence suit…Trou noir…Regard livide,

Tu constates, c’est triste, un désert qui t’étreint

 

D’une peur dont tu es la seule responsable.

Et se taire, parfois, vaut mieux que de parler…

Subir en solitude est plus digne et plus fiable

Que vouloir se livrer…Elle est partie…Fallait

 

Un peu plus contenir tes élans et tes larmes…

Tu es trop excessive et chaque fois tu crées

Cet espace infini quand tu déposes l’arme…

Tu sais, elle a raison : le passé est de craie.

 

L’effacer un instant, rester dans le présent :

Un si sage conseil d’une femme si douce,

Dorénavant perdue, évaporée avant

D’avoir pu la connaître…Oui, elle a eu la frousse…

 

Trou noir tu as été, trou noir tu resteras…

Quand ton monde trop sombre est uni à ton âme.

Alors fais couler l’encre : hurle ton désarroi

Dans le plus grand silence et ravale tes larmes.

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02 octobre 2017

Déraille (poésie libre)

 Écorchures, entailles,

Gravées en notre corps, germant à fleur de peau,

Comme pinces, tenailles,

Oppressant la raison quand affleurent les maux :

Elles  poussent, tiraillent

L’ esprit endolori quand lui manquent les mots.

Il frémit,  tressaille

Sous les coups du passé, quand de son grand chapeau

 

Sortent de leurs Combrailles

Ces chimères et dahus qui nous avaient tantôt

Étourdis. Un vitrail

Se dessine en nos yeux de souvenirs, photos

De mémoire qui raille

Devant cette souffrance contenue en bateau

De fortune… mais aie !

Quand tu le crois perdu…le voilà sur les flots

 

Qui revient, ravitaille

De vieilles émotions ces images….Des flots

De larmes qui cisaillent

Le noir de notre nuit d un flash de renouveau

De ces douleurs en braille

Que nul ne peut comprendre, autre que cet écho

Qui sait les fiançailles

De l amour et la mort que rencontre  l ego

 

Quand l âme aux funérailles

S accroche à toute vie, tout émoi,  tout propos

Qui chante en ce corail

D êtres humains cachés dans un monde où le beau

Est transformé au rail

Du train de la folie et du « j aurai ta peau »

Cruauté en ripaille

Quand le Homme s est perdu…. et tombent les châteaux.

 

 

 

 

 

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01 octobre 2017

Souvenirs (acrostiche)

Sais-tu tous ces tourments qui toujours nous rattrapent ?

 Ou connais-tu aussi ces instants poudrés d’or ?

Universels émois qui reviennent, qui happent,

Voyageurs qui, sans trêve, ennemis ou trésors,

Emergent de l’immense océan où fantômes

Ne se perdent jamais, mais où baignent candeur,

Intime, partage, où chaque femme, chaque homme

Ressurgit d’un passé, ramant avec ardeur

Sur l’ineffable écume, en portant ses arômes… 

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L'Etoile Noire (nouvelle)

 

 

1er prix jeunesse de la nouvelle du 22ème concours de littérature et de poésie de la société culturelle « Les amis de la poésie », le 15/06/2003 à Bergerac

Mention très honorable pour le prix de la nouvelle du concours de « l’Ile des poètes 2002 », le 06/02/2003  à Ste Geneviève de bois

3ème prix de la nouvelle du 14ème concours de poésie de la vallée de la haute Dordogne, le 06/09/2003 au Mont Dore

 

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« - Dégage ! Tu  vois bien qu’on ne veut pas de toi ici ! »

 

Cette phrase résonne encore dans ma tête, cinglante, méprisante. Je me rappelle surtout du regard de Mathieu : dédaigneux, prétentieux. Un garçon très sûr de lui, dont les autres avaient peur. Il rackettait les petits, se battait avec les plus grands, répondait aux professeurs. Il était le chef de sa bande. Tout le monde les appelait les «S.H». Je ne savais pas ce que cela voulait dire, mais à en juger par la terreur avec laquelle les autres en parlaient, j’avais tout de suite compris que je devrais me méfier d’eux.

 

J’avais douze ans à l’époque. J’étais orphelin (je n’ai jamais connu mes parents, ils m’ont abandonné à ma naissance). Je venais d’emménager à Austin, capitale du Texas, chez ma troisième famille d’accueil. J’avais intégré cette classe aux alentours de la mi-novembre.

 

J’avais dû subir une nouvelle fois ce qui représentait pour moi une véritable torture : debout, sur l’estrade, devant le tableau, faire face à ces vingt-sept paires d’yeux fixant sur moi leurs regards désapprobateurs, voire menaçants pour certains, franchement hostiles pour d’autres, mais de toute évidence, unanimes en ce point, le message était très clair : je n’avais rien à faire avec eux et je ne méritais même pas qu’ils m’accordent leur attention.

 

Peut-être aurait-il mieux valu que je leur reste indifférent…mais ce ne fut pas le cas.

 

Le professeur m’avait placé à la seule table qui restait : celle qui se trouvait juste devant son bureau. Le cours avait commencé : un cours de mathématiques (j’étais totalement nul dans cette matière. Je n’aimais pas les chiffres : moi, je voulais devenir écrivain). L’enseignant avait tourné un instant le dos à la classe, le temps de tracer un triangle isocèle au tableau. J’avais été alors littéralement bombardé de boulettes de papier provenant de toutes parts. Le professeur s’était retourné, outré, en hurlant qu’il ne tolérerait pas une telle attitude dans sa classe, que c’était inadmissible et qu’ils pourraient m’accueillir d’une manière un peu plus civilisée.

 

« - Eh ben ! Cinq minutes qu’il est là et c’est déjà le chouchou du prof !

 

 - ça suffit Mathieu ! »

 

L’adolescent le défiait du regard d’un air insolent, provocateur même ! Traits durs, cheveux bruns coiffés en brosse (c’était la grande mode à cette époque) : un air de caïd. Il était assez mince et très grand par rapport à moi. Il avait quinze ans mais, en cet instant, j’aurais juré qu’il en avait au moins dix-neuf.

 

Il me regardait maintenant d’un air supérieur et suffisant, un sourire ironique aux lèvres. Je compris  alors que je venais d’avoir le grand honneur de faire la connaissance de mon bourreau.

 

Hormis cet incident, mon premier jour au collège se déroula dans le calme. Mais, dès le lendemain, mon calvaire commença.

 

Quand j’entrai dans la cour, Mathieu m’arracha mon cartable des mains d’un geste brusque, vida son contenu sur le goudron, et bien sûr découvrit Nounours. Nounours était le seul souvenir qui me restait de mes parents : ils l’avaient glissé dans mon couffin en me confiant à l’orphelinat.

Quand il vit ma peluche, Mathieu s’en empara, et dans un éclat de rire moqueur, l’agita  sous le regard complice de ses amis. Je voulus la récupérer mais quand j’allai l’attraper, il leva le bras de sorte que je ne puisse plus l’atteindre.

 

Il la lança ensuite en ricanant à l’un de ses fidèles qui fit de même dès que je m’approchai de lui. Nounours passait ainsi de mains en mains, jeté de plus en plus fort et de plus en plus vite à chaque fois, sans que je ne puisse rien faire pour le récupérer. Finalement la peluche se retrouva de nouveau en proie aux mains de son kidnappeur.

 

Je m’approchai alors de celui-ci, persuadé qu’il allait me la rendre, maintenant qu’il avait bien joué avec. Mais il n’en fit rien. Au lieu de cela, il resta là, à me regarder cruellement avec l’ours dans les mains. Soudain, il sortit un couteau de sa poche et d’un coup sec trancha la tête de Nounours. Après quoi il l’éventra et retira soigneusement la mousse qui était à l’intérieur puis, d’un sourire moqueur, me le rendit enfin.

 

« - La prochaine fois, c’est ton tour ! » m’annonça-t-il en s’éloignant.

 

Je restais hébété, je ne comprenais pas : pourquoi avait-il fait cela ? Pourquoi s’acharnait-il ainsi sur moi ? Que lui avais-je fait pour qu’il me déteste autant ? Et soudain je compris : S.H : skinhead ! La bande à Mathieu était en fait une bande de skinhead ! Et j’étais noir !

 

Je pris alors conscience que les élèves de ma classe étaient tous blancs, y compris le professeur ! Pris de terreur, je repartis chez moi.

 

En me voyant arriver, essoufflé, la dame me demanda ce que je faisais là et pourquoi je n’étais pas en cours.

 

« - Pourquoi m’avez-vous inscrit dans un collège pour blancs ? », lui demandais-je en guise de réponse.

 

« - Ce n’est pas un collège pour blancs. Seulement il est vrai que très peu de noirs habitent ce quartier et par conséquent la majorité des élèves sont blancs, c’est tout.

 

« - Ils sont tous blancs dans ma classe ! Inscrivez-moi dans un autre collège, je ne veux plus retourner là-bas !

 

« - Non mais dis donc ! Pour qui te prends-tu ? On te loge, on te nourrit, on s’occupe de ton éducation et Monsieur ne serait encore pas satisfait ? ! Je ne sais pas comment cela se passait dans ton ancienne famille mais ici c’est moi qui commande et tu retourneras dans ce collège ! Changer de collège ! Tu ne voudrais tout de même pas que je paye le bus en plus ! Celui-là est à deux pas de la maison, tu peux y aller à pieds et que ça te plaise ou non tu iras, un point c’est tout ! C’est compris ? Et d’ailleurs, retournes-y immédiatement ! Tu n’as rien à faire ici ! »

 

J’étais donc retourné en cours, la mort dans l’âme, et évidemment mon cauchemar avait continué : croches pieds dans les couloirs, bombardements de boulettes de papier, humiliations diverses (par exemple, ils me jetaient un verre d’eau au niveau de l’entrejambes et s’écriaient : « regardez ! Le nègre s’est pissé dessus ! »). Moi, je n’osais rien dire.

« Reste indifférent Jeffrey, tu ne peux rien contre eux de toute façon : ils sont trop nombreux. », me répétais-je silencieusement.

 

Mais, très rapidement, la souffrance morale que m’infligeaient les S.H ne leur suffit plus. Ils passèrent à la violence physique. Environ trois semaines après mon arrivée, j’avais été accueilli par un grand coup de poing qui m’avait fait saigner du nez. Cela les avait beaucoup amusés et me rouer de coups était devenu leur jeu préféré. Ils se servaient de moi comme d’un «punching-ball». Dès qu’ils avaient une contrariété, ils me passaient à tabac pour se défouler.

 

Je faisais tout pour les éviter : courir, me cacher, mais ils me retrouvaient toujours. Tous les soirs, je rentrais avec un œil poché ou une dent cassée, à quoi venaient s’ajouter les gifles et les insultes de la dame qui était censée me servir de mère :

 

« - Ce n’est pas vrai ! Tu t’es encore battu ! Décidément, vous, les noirs, vous n’êtes que des bêtes sauvages ! Pas moyen de vous dresser ! » Et pan !

 

J’avais fini par l’accepter ou, du moins, je m’y étais habitué, et je recevais les coups sans broncher. Ceci dura six mois, jusqu’au 29 mai 1985. Ce jour là, Mathieu franchit les limites.

 

Ce matin là, le professeur ayant interrogé Mathieu – naturellement incapable de répondre - sur la leçon d’Histoire que l’on avait étudiée la veille s’était alors tourné vers moi pour m’interroger. J’étais bon élève et affectionnant particulièrement l’Histoire, je n’avais donc eu aucune difficulté à réciter le cours.

 

« - Tu vois Mathieu, je connais tes idéologies et bien que je n’aie pas à les juger, je ne peux pas m’empêcher de te faire remarquer qu’il ne faut jamais se fier ni aux préjugés ni aux apparences. Regarde Jeffrey : il a beau être noir, il n’est pas inculte pour autant, et bien au contraire : lui, au moins, est capable de répondre à ma question, ce qui n’est pas ton cas…» fit alors remarquer le professeur.

 

En prononçant cette phrase, il venait de signer inconsciemment mon arrêt de mort. Je l’avais su en croisant le regard de Mathieu : il était rempli d’une fureur sourde ; si ses yeux avaient été des revolvers, je pense que j’aurais reçu une bonne trentaine de balles en plein cœur. La remarque du professeur l’avait humilié devant sa bande, et j’allais le payer…

 

Je me dépêchai de sortir du cours à la sonnerie et courus aussi vite que je pus me réfugier dans les toilettes. Mathieu ne fut pas long à me trouver.

 

Je m’étais enfermé dans une des toilettes individuelles et j’avais remonté mes jambes de façon à ce qu’il ne puisse pas me voir en se penchant sous la porte. Mais cela n’avait servi à rien : à mon grand malheur, j’étais seul dans les toilettes, et l’unique porte fermée avait suffi à Mathieu pour déterminer ma position. Aidé de sa bande, il la défonça en moins d’une minute.

 

Je le revois, debout devant moi, yeux exorbités, fulminant de colère et de haine. Terrifié, je ne respirais plus, j’attendais la suite…

 

 

Pendant un instant, il me regarda fixement sans rien dire, puis il me donna un violent coup de poing dans le ventre. Je tombai sur le sol, terrassé par la douleur, plié en deux. Je sentis alors un liquide chaud se répandre dans mes cheveux et venir inonder mon visage. Je levai la tête et constatai, consterné, que Mathieu était en train d’uriner sur moi. Quelques secondes s’écoulèrent encore puis il referma sa braguette, déclarant simplement :

 

« - Maintenant, nous sommes quittes ! ».

 

Je le regardai s’éloigner, médusé. Une fois seul, je me rinçais les cheveux dans le lavabo. Machinalement, je me regardai dans la glace, et ce fut à ce moment seulement que je réalisai ce qui venait de se passer. Je me remémorai alors toutes les humiliations et dégradations que Mathieu et sa bande m’avaient déjà fait subir.

 

Ce n’est qu’à cet instant précis que je pris enfin conscience de l’ampleur de l’infâme injustice dont les SH avaient fait preuve envers moi.

 

« Stop. Cette fois, tu es allé trop loin Mathieu ! La partie est terminée. », décidai-je.

 

Fou de rage, je sortis des toilettes et me dirigeai d’un pas décidé vers lui avec la ferme intention de mettre cartes sur tables une bonne fois pour toutes et régler cette affaire définitivement.

 

« - Dégage ! Tu vois bien qu’on ne veut pas de toi ici ! Allez, déguerpis ! Nous, on ne traîne pas avec les nègres, et encore moins avec des bâtards comme toi ! »

 

C’en fut trop pour moi.

 

D’un geste vif qu’il ne put contrer, je tirai le couteau de la poche du jean de Mathieu et le lui plantai dans la poitrine, une fois, deux fois, trois fois ! Je venais de toucher le cœur, le sang jaillissait et je continuais pourtant à m’acharner sur lui. Je ne me maîtrisais plus, j’avais perdu le contrôle de mes actes, je n’étais plus moi-même. Une force surhumaine me poussait, une pulsion indomptable qui me rendait invincible et me portait pour frapper et transpercer cette chaire blanche qui avait si souvent battu et sali la mienne.

 

Je n’étais plus que violence et vengeance. J’avais perdu la raison, mais je ne saurais vous décrire quelle délicieuse et incomparable délectation je ressentis en voyant tout ce sang noir se vider de ce corps blanc.

 

Quand je me calmai enfin, la police arriva : menottes, dernière fois que je respirai l’air libre. Pourtant je n’oublierai jamais l’intense satisfaction que je ressentis à ce moment là, alors que les policiers me poussaient violemment à l’intérieur de leur fourgon.

 

Je fus condamné à la peine de mort avec circonstances aggravantes (j’avais affirmé ne rien regretter et avais refusé de témoigner).

 

Après dix ans passés dans le couloir de la mort, je serai finalement exécuté demain.

 

Certains trouveront sûrement cela juste : après tout, j’ai tué, donc je dois mourir. D’autres compatiront peut-être…

 

Moi, je ne sais pas, je ne sais plus. Tout cela m’est bien égal désormais. Je dois mourir de toute façon, alors pourquoi poser cette question ?

La mort ne m’effraie pas.

 

Aussi sombre que mon histoire, elle, au moins, ne distingue pas l’étoile blanche de l’étoile noire.

 

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La Robe d'Orgueil (conte)

Diplôme d'honneur du centre d'art lorrain 2015

 

LA MALEDICTION

 

Il était une fois, dans un royaume de paix, un roi et une reine qui vivaient dans un palais d’or et de plumes. Ils étaient très aimés de leurs sujets car ils gouvernaient avec douceur et justice et veillaient au respect de chacun.

De leur union naquit bientôt une petite fille qu’ils appelèrent Gloria.

Le royaume, très ému par la naissance de l’infante, s’empressa aux portes du palais, chacun tenant à offrir un présent à la bien-aimée petite princesse. Les souverains, touchés par ces témoignages d’affection de la part de leurs sujets, décidèrent d’ouvrir les portes du château à qui voudrait apporter un cadeau à l’enfant.

Une longue procession s’improvisa alors, les gens patientant durant des heures, et des jours entiers pour certains, la file d’attente s’étendant sur plusieurs lieues à la ronde.

Devant une telle abondance, l’on dût organiser les visites. Il fut donc décidé que les sujets pourraient pénétrer à raison de cinq personnes à la fois dans le petit salon dans lequel on avait installé le couffin de la fillette, chaque groupe ne disposant que de trois minutes, et ceci entre lever et le coucher du soleil.

            Ainsi fut fait et les sujets s’empressèrent de déposer leurs cadeaux, d’abord sur une table prévue à cet effet, puis bientôt à même le sol, dans les derniers recoins encore accessibles, sous l’amas d’offrandes faites à la petite princesse. Puis tous courraient au berceau profiter des deux minutes restantes pour admirer la belle et délicate enfant.

« -Comme elle est belle !, s’exclamaient les uns,

-          Elle est magnifique !, s’émerveillaient d’autres.

-          Elle a la grâce de notre souveraine !, soulignaient certains,

-          Elle semble aussi paisible que notre roi ! », déclarait-on.  

Les commentaires étaient tous plus élogieux les uns que les autres ! Le royaume était enchanté par la beauté et le calme de la future souveraine !

Tant de gens se manifestèrent auprès de l’enfant que la procession dura deux semaines entières ! Quatorze jours pendant lesquels des fêtes s’organisèrent spontanément dans les différents villages du royaume pour célébrer la naissance de la petite princesse, alliant musique, danse, et bonne humeur !

 Puis, bientôt, le roi et la reine annoncèrent le baptême de l’infante, précisant cependant, cette fois, après maints remerciements, que seules ses marraines les fées seraient conviées à la réception qui se tiendrait dans la plus stricte intimité. Le royaume applaudit cette annonce dans un nouvel élan d’enthousiasme et quelques jours plus tard on put apercevoir dans le ciel cinq traînées de fumées colorées : une rouge, une jaune, une bleue, une verte et une orangée. Les cinq sœurs venaient d’arriver.

 

« - Célestine ! », s’exclama le roi, d’une voix enjouée, en ouvrant les bras pour y accueillir la fée vêtue de jaune.

-          Sophie !, se réjouit à son tour la reine, en invitant la fée drapée de bleue à venir l’enlacer.

-          Meena, Vilma,  Athénaïs !  Ne restez donc pas en retrait, venez nous saluer, c’est une telle joie de vous revoir ! », encouragea le roi.

La fée vêtue de vert, celle habillée de rouge, et la dernière dans une robe étoilée, s’avancèrent donc à leur tour et prirent part avec plaisir aux joyeuses effusions.

Les cinq fées furent ensuite emmenées dans la chambre duveteuse de l’enfant, aux murs roses molletonnés et au sol de coton à la blancheur immaculée. Au centre de la pièce, dans un berceau de plumes, l’infante reposait paisiblement.

« - Que tu es belle !, murmura la fée Célestine. Tu as déjà un très joli visage, ma petite, et des cheveux fins et souples ! Eh bien ma chérie, mon cadeau, pour toi, sera de te permettre de garder toujours cette grande beauté qui te caractérise déjà ! », déclara-t-elle.

Et aussitôt, elle donna un léger coup de baguette au-dessus du berceau. Quelques étincelles jaunes jaillirent alors et vinrent se poser silencieusement sur le visage de l’enfant avant de disparaître.

« - Pousse-toi ! Laisse-moi passer ! C’est à mon tour !, la pressa Sophie en obligeant sa sœur à lui céder la place. Mmmmm ! C’est vrai que tu es jolie, mon cœur !, reconnut-elle en chuchotant ses mots. Mais ta beauté ne t’attirera que des ennuis si elle n’est pas assortie de l’intelligence qui te permettra d’apprendre, de réfléchir, et de devenir ce que tu voudras être. Ce sera donc le cadeau que tu recevras de ma part petite princesse ! ».

A son tour, elle fit gicler quelques étincelles bleues de sa baguette magique qui vinrent se déposer sans bruit sur le front du bébé endormi.

« - Et moi, déclara Meena, la fée vêtue de vert, qui s’était approchée du berceau, sans bruit, je vais te faire don du courage, et du goût de l’aventure, pour que jamais tu ne t’ennuies et n’enfermes ta vie entre les murs de ce palais, aussi luxueux et douillet soit-il ! ».

Ce disant, elle agita sa baguette au-dessus de l’enfant qui reçut son nouveau don sur les jambes, sans même s’en apercevoir, toujours lovée dans un sommeil profond.

« - Quant à moi, ajouta Vilma, en se penchant sur le berceau de la fillette : je te fais don de la volonté, pour te rendre capable de réaliser tous tes désirs ! ». Et hop, trois petites étincelles rouges vinrent se poser sur le cœur de l’enfant, puis disparurent.

 

dessin

 

Athénaïs s’approcha à son tour du couffin du bébé et ouvrit la bouche pour parler quand soudain on entendit un POF et une sixième fée, plus âgée que les autres, enveloppée dans des habits sombres, apparut dans la pièce.

« -Mère !, s’écrièrent alors les cinq sœurs.

-          Mais….Mère….Que faites-vous ici ?, osa Célestine dans une voix chevrotante.

-          Voyons, voyons mon enfant, répondit l’arrivante d’une voix calme et assurée, notre royaume baptise sa nouvelle infante, rappela-t-elle, du ton de l’évidence. Croyiez-vous vraiment que j’allais manquer cet évènement ?, demanda-t-elle en redressant la tête avec importance. Je suis déçue, toutefois, je ne vous le cache pas, que vous cinq n’ayez pas daigné m’attendre…., », déclara-t-elle d’un ton accusateur en lançant à ses filles un regard rempli de reproches silencieux.

Les cinq sœurs, terrorisées devant la colère sourde de leur mère, baissèrent la tête, incapables de la regarder dans les yeux, et se rapprochèrent insensiblement les unes des autres, sans même en avoir conscience.

« - C’est que…., commença Meena,

-          Vous dormiez si paisiblement…., poursuivit Célestine,

-          Alors nous n’avons pas….., s’empressa d’ajouter Athénaïs,

-          Osé vous réveiller !, acheva Vilma.

-          Le voyage était si long !, justifia Sophie à la hâte.

-          Oh ! Je vois !, répondit la fée- mère d’un calme glacial. Donc, ce que vous m’expliquez à présent, c’est que je suis trop vieille….C’est bien cela ?, conclut-elle, acerbe.

-          Oh mère, non, vous vous méprenez !, s’empressa Célestine.

-          Oh non mère ! Ce n’est pas ce que voulions dire ! Loin de nous cette idée !, tenta de rectifier Meena.

-          Suffit !, coupa la fée grise dans un mouvement de main intimant l’arrêt. Ces hypocrites tentatives d’excuses m’indisposent…., expliqua-t-elle en s’avançant à pas lents mais sûrs vers le berceau de l’infante. Que lui avez-vous offert jusqu’ à présent ?, demanda-t-elle en examinant le bébé d’un regard spéculateur. Oh, laissez-moi deviner…., coupa-t-elle en voyant Célestine ouvrir la bouche pour répondre. Vous, très chère, vous lui aurez donné la beauté je présume ? », demanda-t-elle en la toisant avec mépris.

La jeune fée acquiesça en silence, tête baissée.

« - Et vous Sophie, je parie que vous avez fait don d’intelligence ? »

La mégère sourit devant le hochement de tête gêné de sa fille.

« - Quant à vous, je présume que vous avez opté pour l’aventure, Meena ?

-          …..

-           Hum, c’est bien ce que je pensais…Et vous ? Vous….La volonté bien sûr ?

-          Oui mère, reconnut Vilma.

-          Qu’espérez-vous ? En faire une enfant parfaite ?

-          Bien sûr que non Mère ! Tout le monde sait que la perfection n’existe pas !, s’empressa Sophie. 

-          En effet, mon enfant, la perfection n’existe pas…et je vais faire en sorte que cette petite princesse s’en rappelle…. ».

Les cinq sœurs retinrent leur souffle, terrorisées en voyant la marâtre lever sa baguette au-dessus de l’infante.

-          Comment s’appelle-t-elle ?, se renseigna la mégère.

-          Gl, Gloria ! », articula Meena d’une voix tremblante.

La fée mère leva les yeux au ciel en signe d’exaspération.

« - Soit ! Dans ce cas, très chère Gloria, je t’offre en cadeau pour ma part…une robe magnifique ! »

Les cinq sœurs s’échangèrent des regards étonnés, puis considérèrent leur mère avec méfiance.

« - Une robe que tu aimeras tellement que tu ne voudras jamais la quitter !, continua la fée-mère. Mais cette robe sera cousue d’orgueil ! Et plus ta confiance en toi grandira, plus ta robe se parera, et s’alourdira ! Ce sera le poids que tu devras traîner avec toi chaque jour, chaque heure de ton existence ! Elle deviendra ta seconde peau ! Et tu ne pourras t’en délester que le jour où tu seras capable d’humilité ! ».

La baguette de la fée-Mère tournoya au-dessus du berceau et un jet de fumée sombre vint descendre sur le visage de l’enfant endormie. La petite inspira dans son sommeil, aspirant en même temps la fumée maléfique, et aussitôt ses langes furent remplacés par une belle robe blanche, à fines bretelles, élégante de simplicité, magnifique par sa matière dentelée, légère, et scintillante, dont le jupon de mousseline ondulante et soyeuse venait s’arrêter au-dessus des genoux de l’infante.

            Les cinq sœurs se regardèrent en silence, jetant des yeux inquiets sur le bel accoutrement dont la petite se voyait à présent revêtue.

«- Ne prenez pas ces airs apitoyés !, gronda la fée-Mère. C’est un service que je rends à cette enfant !, articula-t-elle avec lenteur. Les gens parfaits sont ennuyeux. », expliqua-t-elle avant de disparaître dans un POF, comme elle était apparue.

Les cinq sœurs sortirent alors de leur torpeur et se précipitèrent près du couffin du bébé.

« -La robe est magnifique !, reconnut Célestine,

- Hum, oui, c’est vrai mais c’est seulement pour que la petite en tombe amoureuse et refuse de la quitter.

- Que pouvons sous faire ?, demanda Vilma

-Attendez !, Il reste encore mon don !, proposa Athénaïs.

- Oh oui c’est vrai !, se réjouirent les quatre autres.

- Mais, tu ne peux pas défaire ce que Mère a cousu….

- Non, je n’ai pas ce pouvoir, c’est vrai, reconnut la jeune fée. Mais je peux tenter de lui donner une arme pour la protéger d’elle-même.

- Aurais-tu une idée ?, demanda Sophie, intéressée.

- En effet, j’en ai une…., répondit Athénaïs. Petite princesse, déclara-t-elle alors en se penchant au-dessus de son berceau, je te fais don de la sensibilité et du talent artistique, pour que tu puisses exprimer toutes tes émotions, et t’obliger à aller puiser au fond de toi l’essence de ce que tu es. ».

La baguette tournoya à nouveau autour de l’enfant, et jeta quelques petites étoiles qui vinrent se poser sur le cœur du bébé, toujours en proie à son paisible sommeil.

« - Mais, cela ne l’empêchera pas de devenir orgueilleuse !, objecta Célestine,

-          Non, mais cela Athénaïs ne pouvait l’empêcher, raisonna Sophie. En revanche, elle lui a donné le moyen d’exprimer sa souffrance, ce sera un cadeau utile dans l’avenir, sois en sûre… ».

Athénaïs approuva sa sœur en silence dans un cillement.

«- Mais…le roi et la reine….qu’allons nous leur dire ?, s’inquiéta Meena.

-          La vérité, répondit Sophie dans un murmure. Il faut qu’ils soient au courant, on ne peut pas leur cacher cela !, s’indigna-t-elle,

-          Oui, et d’autant plus que l’attitude qu’ils auront envers leur fille sera déterminante dans l’évolution de sa personnalité et dans le déploiement de sa robe ! , assura Vilma.

-          C’est vrai, renchérit Célestine, nous avons offert tant de choses à cette enfant ! Si ses parents ne prennent pas garde à ne pas lui laisser croire qu’elle est parfaite, elle deviendra orgueilleuse et se gâtera….

-          Oui, il faut les informer de la malédiction que Mère lui a jetée, c’est encore ainsi qu’ils pourront le mieux essayer de la ralentir, même si tôt ou tard, la robe deviendra trop lourde à porter….puisque c’est ce que Mère a souhaité pour cette enfant… ».

Les cinq sœurs rejoignirent alors les parents de l’infante, et leur racontèrent les évènements qui s’étaient produits dans la chambre : les dons de chacune, la survenue de leur mère, puis la malédiction qu’elle avait jetée sur la petite fille.

Les époux échangèrent un regard en silence puis le roi prit la parole.

« - Une robe d’orgueil ? Une jolie tenue qu’elle aimera et ne pourra pas quitter ? Si c’est là toute la malédiction : votre mère s’est montrée clémente ! Je me rappelle de ce que votre tante Maléfice avait admonesté à cette pauvre Aurore ! Condamnée à dormir pendant cent ans ! Une robe d’orgueil, en comparaison, me parait une malédiction bien légère ! Nous sommes chanceux !

-          Oh votre Majesté, ne croyez surtout pas cela !, avertit Sophie. Le cas d’Aurore était bien plus simple à résoudre ! Il avait suffi de plonger tout le royaume dans un profond sommeil également et de guider le prince jusqu’à elle ! Ensuite la vie avait repris son cours, pour Aurore, comme pour les autres ! La malédiction qu’a jetée notre mère à votre fille est bien plus dangereuse ! D’abord, elle n’a posé aucune condition qui permettrait de lever le sort !

-          Si !, objecta Vilma, elle a dit qu’elle ne pourrait quitter sa robe que le jour où elle serait capable d’humilité !

-          Bien sûr, répondit Sophie, mais tu devines comme moi que la simple existence de la robe semble rendre le contre sort impossible !

-          C’est vrai, consentit Célestine. Le cas d’Aurore était beaucoup plus simple et n’altérait en rien sa belle personnalité. Alors que cette robe d’orgueil pourra, potentiellement, rendre cette enfant détestable…

-          Et l’amener à souffrir…., renchérit Athénaïs.

-          Je vous remercie de votre inquiétude, déclara alors la reine, mais je crois que la terreur que votre mère vous inspire altère votre jugement et vous amène à envisager des conséquences plus graves que celles que cette malédiction n’aura réellement. Après tout, l’orgueil, tout le monde en a. Il est bien utile aussi pour avancer dans la vie et accomplir ses rêves. Sans un minimum d’orgueil on n’obtient pas le respect des autres. Et ma foi si notre fille en est pourvue alors cela ne pourra que l’aider dans ses fonctions de princesse et dans l’accomplissement et la réalisation de ses désirs.

-          Je lui ai déjà offert la volonté pour cela, objecta Vilma.

-          Mais la volonté de réaliser quelque chose n’apparaît pas sans que le désir de réussir, l’envie de gloire, ne soient développés auparavant. La volonté ne survient qu’après l’orgueil !, répondit la reine avec assurance.

-          Votre Majesté, tenta alors Meena, à en juger par vos réactions respectives, nous avons le sentiment que vous n’avez pas compris la puissance malfaisante de ce sort, pourtant il le faudrait car votre attitude dans l’éducation de cette enfant jouera un rôle majeur dans sa….

-          Je vous remercie mesdames, mais la discussion est close, trancha le roi. Je vous sais gré de votre inquiétude et veillerai à rester attentif à la longueur de cette robe mais je suis d’accord avec mon épouse. Je pense que vous surévaluez son potentiel maléfique. D’autant plus qu’elle a reçu tant de qualités de votre part qu’elle s’en trouvera finalement protégée.

-          Mais non, au contraire!, objecta Célestine, les différents dons qu’elle a reçus de notre part ne peuvent que renforcer la malédiction ! Seuls vous pouvez par votre attitude éveiller l’humilité chez elle !

-          Très bien, nous y veilleront, mentit la reine pour mettre un terme à cette discussion qui commençait à l’indisposer. Merci à vous mesdames pour tous ces cadeaux fabuleux et ces précieux conseils ! Nous prendrons garde à l’éducation de notre fille, n’ayez pas d’inquiétude à ce sujet.

-          Très bien, répondit Sophie, consciente de l’hypocrisie des propos de son interlocutrice. Dans ce cas, je pense qu’il est temps pour nous de repartir. Nous avons encore un long voyage à faire pour regagner notre lointaine contrée.

-          Mais…., objecta Célestine.

-          ….Saluez nos hôtes, très chère : nous rentrons », coupa Sophie, avant d’incliner respectueusement la tête et de disparaître dans une traînée bleue. Les quatre sœurs restantes se regardèrent un instant puis l’imitèrent,  ne laissant derrière elles que quatre fumées colorées.

 

 

LA MISSIONNAIRE

 

L’enfant grandissait et, grâce au don de Célestine, devenait de plus en plus belle. Son visage fin et délicat, ses grands yeux bleus ouverts sur la vie avec curiosité, ses lèvres framboise bien dessinées, sa chevelure brune bouclée et sa silhouette harmonieuse ne cessaient de provoquer l’emphase autour d’elle :

« - La princesse est vraiment magnifique !

-          Quelle belle enfant !

-          Un vrai petit ange ! »

Les gens n’avaient de cesse de s’émerveiller à son passage.

De même, Sophie avait bien œuvré, et les précepteurs de l’infante s’enthousiasmaient devant sa cette grande capacité à apprendre, cet intérêt qu’elle avait pour tout ce qu’on proposait à son instruction, cette curiosité insatiable qu’elle avait de la vie et des millions de questions qu’elle posait, désireuse de tout savoir, de tout connaître !

« - Cette enfant est vraiment extraordinaire ! Quelle intelligence ! De telles connaissances, à un âge aussi jeune ! », ne cessaient-ils de commenter avec admiration, devant des parents comblés de fierté.

Ces derniers, cependant, ne semblaient pas avoir noté que la robe de l’infante descendait à présent jusqu’à mi-jambe, s’était étoffée et dotée de manches, la dentelle ayant fait place à un tissu cotonneux aux reflets de soie irisés. Ils préféraient contempler avec un amour empli de fierté parentale la perfection de cette enfant, si jolie, si intelligente, dont la sensibilité touchait chaque membre du royaume, auxquels elle attachait une attention si bienveillante, se souciant de leur bonheur, proposant de nouvelles lois pour améliorer leurs conditions de vie, s’adressant à eux comme à des égaux.

La petite princesse s’épanouit ainsi, dans son cocon duveteux, telle un lys dans une serre dorée, adulée de tous, recevant avec plaisir les divers compliments qui pleuvaient sur elle à longueur de temps, par tous et par toutes, et admirant chaque jour un peu plus cette tenue si spéciale, qui ne ressemblait à aucune autre, qui n’appartenait qu’à elle seule, et changeait sans cesse, se parant de couleurs de plus en plus variées et de plus en plus vives, se chargeant de rubans, ceintures et jupons qui venaient l’embellir un peu plus chaque jour.

A ses heures perdues, poussée par le don de Meena et le goût de l’aventure qu’elle lui avait offert, l’enfant aimait s’accouder à la fenêtre de sa chambre, regarder les colombes partir pour de lointains voyages, et rêvait de connaître cette chance un jour.

Et plus elle grandissait, plus elle s’ennuyait, et, plus ce désir de partir à la découverte du monde se faisait pressant et insistant.

Lorsqu’elle atteint l’adolescence, elle demanda à ses parents le droit d’intégrer l’école des missionnaires, ces colombes élites qui partaient dans de lointains pays pour en rapporter des messages. Les parents, d’abord inquiets face au potentiel danger de ses futures missions, finirent malgré tout par capituler et accordèrent l’autorisation demandée avec tant d’emphase !

La jeune princesse rejoignit donc l’escadrille et sa robe se couvrit rapidement de plumes, blanches et soyeuses, suscitant l’admiration des autres étudiants. En bonne élève, studieuse et volontaire, la princesse Gloria s’entraîna si dur que bientôt elle devint la meilleure de tous, et malgré un âge inférieur à celui requis habituellement, fut bientôt capable de se changer totalement en une magnifique colombe à la blancheur nacrée unique, et s’envola pour son premier voyage.

Volant à tire d’aile, attentive à cette nouvelle sensation du vent qui venait chatouiller ses plumes, Gloria planait avec délectation au-dessus du monde, promenant son regard sur ces fabuleux paysages, si différents de ceux de son royaume, humant les senteurs de ces terres inconnues desquelles elle avait envie de tout découvrir, tout apprendre, tout savoir ! La jolie colombe survola donc plusieurs contrées, régalant ses sens de tant de nouveautés, lorsque la perception de cris, au loin, là bas, attirèrent son attention.

            Curieuse, elle inclina alors son vol en direction des clameurs pour tenter de comprendre ce qui provoquait un tel tapage. Elle accéléra l’allure, guidée par les plaintes qu’elle percevait, de plus en plus proches, qui l’intriguaient et l’inquiétaient tout autant. Elle traversa une plaine, franchit le flanc d’une montagne, et comprit qu’elle était arrivée en survolant l’autre versant : sous ses ailes, un plateau encerclé d’un côté par cette montagne, et de l’autre par un immense lac, pour lequel deux tribus se battaient, se disputant manifestement la possession des lieux. Gloria, tentant de comprendre les détails de la guerre que se livraient les deux camps, décida de planer au-dessus de la scène. Elle contempla avec tristesse les flèches lancées par les uns, les cris de colère et de terreur poussés par les autres. Puis les représailles : les rôles s’inversant, les attaquants devenant les attaqués, les uns avançant sur les terres des autres, avant qu’encore une fois, les rôles ne s’inversent à nouveau, dans une lutte qui semblait aussi vindicative qu’insoluble, où aucun des deux camps ne semblaient prêt à tenter de trouver un compromis avec l’autre.

La guerre faisait donc rage au-dessous d’elle, et Gloria prenait des notes, voletant d’un blessé à l’autre, leur demandant de lui raconter les raisons de ces affrontements, les enjeux, essayant d’en trouver les explications en toute neutralité, se remémorant les leçons apprises à l’école des missionnaires :

« Une colombe reste une observatrice, en aucun cas elle ne doit prendre parti ou faire preuve de subjectivité dans ses rapports : les faits, seulement les faits mesdames ! On ne vous demande pas de penser ou de réfléchir selon vos impressions ou vos émotions, mais seulement de rapporter des évènements en toute objectivité, vous en tenir à vos observations et en toute circonstances, s’il-vous plaît : restez professionnelles ! Et si vous devez faire face à un contexte difficile, alors protégez-vous : coupez-vous de vos émotions ! Interdisez-vous tout sentiment ! Car dans un environnement hostile, ils ne pourront que vous mettre en danger ! Je vous le répète mesdames : PRO-FE-SSIO-NELLES ! Voilà ce que l’on attend de vous ! Vous êtes l’élite ! Vous devez être capables d’affronter n’importe quelle situation ! C’est votre devoir ! ».

Alors, la sensible Gloria, sentant les larmes poindre et s’accumuler dans ses yeux devant la détresse des combattant comptant leurs blessés, décida de créer un endroit en elle, qui pourrait contenir tous les pleurs retenus et toutes les émotions qui la fragilisaient. Et puisque Vilma lui avait fait don de la volonté qui lui permettrait de réaliser tous ses désirs, cet endroit se créa, en plein centre de son cœur. Ce dernier s’écarta pour laisser s’incruster une minuscule pierre, belle et brillante comme un diamant,  qui agissait en elle à la manière d’une éponge, aspirant simplement les émotions perçues comme néfastes pour l’en délester, et la rendre à même de poursuivre sa tâche sans se laisser affaiblir par ses sentiments.

La sensible Gloria, ainsi armée, put donc poursuivre sa mission, voletant entre les blessés, évitant elle-même les flèches, essuyant même au besoin les larmes de désespoir de ses interlocuteurs. Elle passa plusieurs mois ainsi, puis, lorsqu’elle estima son travail terminé, la missionnaire décida de rentrer dans son royaume et faire part de ses découvertes.

Sans doute un peu pressée à l’idée de retourner chez elle et revoir les siens, la colombe prit son envol avec hâte, omettant de prendre garde à cette flèche qui volait droit sur elle et qu’elle reçut en pleine poitrine, la pointe venant se planter dans son coeur, juste à côté du petit diamant qui la protégeait.

 

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Etourdie par la douleur de la plaie sanguinolente, Gloria se changea en humaine pour pouvoir utiliser ses deux mains et retirer avec force et courage la flèche profondément plantée dans l’organe. Agacée de s’être ainsi laissée surprendre, et alarmée en voyant le sang maculer les plumes nacrées de sa robe, la jeune femme se munit d’une poignée de feuilles d’un arbre dont elle connaissait les vertus curatives, et s’inventa un cataplasme pour tenter d’arrêter l’écoulement. Souffrant atrocement, elle souhaita en silence que le diamant protecteur d’émotions puisse aussi aspirer cette douleur qui devenait de plus en plus insoutenable.

Grâce au don de Vilma son vœu fut une nouvelle fois exaucé. Le diamant aspira la douleur ressentie, le cataplasme finit par parvenir à arrêter le saignement, et, après avoir nettoyé avec le plus grand soin sa belle robe de plumes pour faire disparaître la tâche, Gloria put enfin reprendre son envol, prenant garde cette fois à éviter toute nouvelle blessure.

Le vol de retour s’avéra cependant difficile. En effet, le diamant semblait arriver par moment à saturation et ne plus être capable d’aspirer à la fois les émotions embarrassantes et la souffrance lancinante. A plusieurs reprises, la jolie colombe fut donc contrainte de suspendre son vol, soit pour verser quelques larmes à l’abri des regards, soit pour hurler de douleur dans un endroit désert de tout témoin, obligée d’attendre que le diamant ne recharge sa puissance d’aspiration avant de reprendre sa route.

Elle arriva cependant bientôt aux portes du royaume, épuisée, blessée, mais ce qui lui importa d’abord fut de prendre le temps de vérifier la blancheur et la brillance de chacune de ses plumes avant de passer la frontière de sa terre natale, et la queue de la colombe s’agrandit encore ...  

 

 

LE MIROIR

 

         En arrivant au palais, la princesse fut accueillie par d’intenses effusions de joie de la part des siens, si heureux du retour de leur bien-aimée. Mais, dès qu’elle le put, Gloria partit rencontrer, dans le plus grand secret, le médecin du royaume, afin de lui faire part de cette blessure qui revenait la faire souffrir si fréquemment.

Pudiquement, elle écarta avec délicatesse les plumes de sa robe pour lui exposer la plaie.

« - Hum, examina-t-il, votre blessure est large et profonde : il faudrait la suturer. Cependant je ne pourrai le faire que si vous acceptez d’ôter votre robe, princesse, car opérer de cette manière m’est impossible.

-          Oter ma robe ?, répliqua Gloria, pétrifiée à cette idée, vous n’y pensez pas ! Et puis vous exagérez les choses. J’ai été blessée c’est vrai, mais j’ai déjà appliqué des feuilles médicinales, j’ai réussi à parcourir des kilomètres ainsi, si la plaie était si béante que vous semblez le dire, cela m’aurait été impossible !, objecta –t-elle, omettant de mentionner l’existence du diamant absorbeur de souffrance.

-          C’est étonnant, je le reconnais !, approuva le médecin. Mais, sauf votre respect, votre altesse, il n’en reste pas moins que cette plaie nécessite d’être refermée, et ceci n’est possible que par le biais d’un acte opératoire que je ne pourrais effectuer que si vous daignez ôter votre robe pour m’en permettre l’accès.

-          Non, répondit la princesse. Moi je reste convaincue que vous exagérez les choses. Ma blessure n’est pas si importante que vous le dites. Et je continuerai à la soigner comme je l’ai fait jusqu’à présent.

-          Comme vous voudrez, princesse, concéda le docteur, mais je dois tout de même vous avertir que si vous n’opérez pas cette plaie, elle ne guérira jamais.

-          C’est ce que nous verrons ! », répondit la princesse sur un ton de défi, avant de quitter le cabinet médical en claquant la porte. Et pas un mot de tout ceci !, ajouta-t-elle en la rouvrant juste  avant de la claquer de nouveau.

Ainsi fit elle : Le temps passa, et comme l’en avait prévenue le médecin, la blessure ne guérit pas. En effet, même si Gloria parvenait à endiguer les saignements, la plaie continuait à l’élancer, régulièrement, et la jeune princesse se reposait de plus en plus sur le diamant protecteur, l’implorant d’aspirer sa douleur, ce dernier lui ôtant en même temps toutes les émotions qui l’avaient jadis mise en danger.

            Ainsi, petit à petit, jour après jour, la princesse Gloria devint de plus en plus dure, son extrême sensibilité d’antan étant chassée de son cœur, comme elle l’avait souhaité un jour, par la pierre qu’elle avait imaginée. Et sa robe s’allongea, encore et encore, gagnant quelques centimètres à chaque fois que la princesse s’en remettait au diamant pour taire ses cris de douleur. Bientôt, elle fut affublée d’une traîne si longue qu’il fallait en permanence deux servantes à la princesse pour se déplacer à travers le palais. De plus la robe s’était chargée de jupons, sous jupons et arceaux qui obligeaient celle qui la portait à la relever de ses deux mains en permanence pour ne pas s’entraver dedans. Le tissu, jadis dentelé, puis de plumes, était aujourd’hui très épais. La robe était cousue à présent d’ un velours sombre, chamarré, brodé de rubans de soie violine, prune, pourpre, bordeaux, et serti de pierres précieuses de toutes sortes, de toutes les couleurs, qui venaient considérablement alourdir son poids, ralentissant la démarche de la princesse, contrainte de porter cet accoutrement, dont elle n’imaginait pas se défaire, à chacun de ses pas.

Un jour, alors qu’elle lissait minutieusement les plis de sa robe chatoyante, assise, adossée à un arbre, à la lisière d’une forêt, et préparait, pensive, l’itinéraire de son prochain voyage de missionnaire, elle rencontra par hasard une licorne qui passait sur son chemin.

« - Mes respects votre altesse, salua la licorne en s’inclinant  humblement devant la jolie princesse dont tout le royaume connaissait les grandes et nombreuses qualités.

-          Bonjour, bonjour, répondit la princesse Gloria pensive, accaparée par ses projets.

-          Vous préparez votre prochain voyage ?, demanda l’équidé en jetant un œil rapide aux notes de la princesse.

-          Hum hum, répondit cette dernière sans même lever les yeux sur son interlocuteur. Et toi ?, demanda-t-elle, polie, as-tu déjà voyagé ?

-          Oh oui, répondit la licorne. J’ai traversé le monde des rêves de part en part, j’ai couru des kilomètres. Mais un jour je me suis égarée, et j’ai posé mes sabots dans un monde hostile, un monde où la magie n’existe pas. Je ne me suis pas attardée très longtemps là-bas, mais néanmoins j’en suis ressortie blessée malgré-tout, répondit la licorne sur le ton de la conversation.

-          Blessée ?, s’écria alors la princesse en se redressant dans un bond, horrifiée. Où, où donc est ta blessure ? Montre-la moi !

-          Juste ici, répondit la licorne en indiquant son poitrail d’un mouvement de tête. Cela ne se voit plus aujourd’hui, expliqua-t-elle, mais j’ai reçu un coup de griffe en plein cœur il y a longtemps. Ma robe a repoussé depuis et la cicatrice est invisible désormais mais elle existe bel et bien.

-          Mais enfin pourquoi me racontes-tu  ceci ? Je n’ai que faire de tes blessures !, s’indigna la jeune femme, à présent debout, ses notes sous le bras, sur le point de s’en aller.

-          Attendez princesse ! implora la licorne. Je ne souhaitais pas vous importuner, se défendit-elle, nous ne faisions que parler, et je ne pensais pas vous choquer ainsi, vous la sensible Gloria : l’aventurière qui a elle-même parcouru le monde, vous qui savez qu’il n’est pas partout aussi duveteux et doré qu’en ce paisible royaume, vous qui êtes vous-même blessée !

-          Moi ! Blessée ! Qui t’a dit ceci ?!, s’insurgea la princesse à présent en furie.

-          Personne, votre altesse, simplement je remarque que votre robe semble tâchée et ne brille pas autant à l’emplacement du cœur que sur le reste du tissu. Et je devine là la marque d’une plaie dissimulée et de soins répétés qui ont fini par altérer votre velours.

-          Ah ah ah ah !, se moqua la princesse dans un ricanement hautain. Moi blessée ? C’est ridicule ! Tu n’oserais tout de même  pas te comparer à moi! Je suis une colombe, la meilleure des élites ! Je suis formée à affronter toutes les situations, à anticiper n’importe quel imprévu, et je suis la meilleure de mon escadrille ! Comment diable pourrais-je être blessée, tu vois bien que ta théorie n’est pas crédible! On m’a enseigné à éviter ce genre de choses, c’est impossible pour moi !

-          Très bien, répondit la licorne, sceptique, alors, dans ce cas, comment expliquez-vous ceci ? » demanda-t-elle, en tendant un miroir à la princesse.

Cette dernière s’en saisit, le tendit devant elle, et l’inclina face à sa blessure. Aveuglée par son orgueil, elle ne perçut pas la tâche dont lui avait parlé la licorne, ne voyant pour sa part que ce tissu soyeux, chamarré et chatoyant de cette robe qu’elle aimait tant, sans noter la différence de teinte pourtant évidente aux yeux de l’équidé. Satisfaite, elle promena alors le miroir sur le reste de sa robe, en étudiant chaque centimètre avec une grande attention, puis remonta la glace jusqu’à son visage pour vérifier la perfection de son maquillage. L’inspection terminée, dans un sourire ravi, elle rendit, dédaigneuse, la glace à celle qui la lui avait prêtée.

 

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-          Hum, il me semble que ta cicatrice n’est pas si bien suturée que tu le dis ma chère ! Elle saigne de nouveau : la douleur t’égare et te fait voir des choses qui n’existent pas. Tu devrais faire examiner ta plaie au plus vite ! », conseilla la princesse avant de tourner le dos à la licorne et quitter les lieux, la traîne de sa robe s’agrandissant encore un peu plus.

 

 

LA DECISION

Plus décidée que jamais à avancer dans ses projets, Gloria rejoignit aussitôt la caserne des missionnaires, ses notes en mains, afin de discuter de sa prochaine mission avec ses supérieurs.

Cependant, si elle ne voyait pas sa blessure, ces derniers remarquèrent l’auréole décolorée aux contours suspects de sa robe, et conseillèrent à la colombe d’ajourner son voyage, lui recommandant vivement de panser sa plaie au préalable.

« - Mais je ne suis pas blessée ! », protesta-t-elle, en vain, face à des chefs qui n’en croyaient pas un mot.

« - Bon d’accord, finit elle par admettre. C’est vrai, j’ai eu une minute d’inattention et j’ai reçu une flèche avant de revenir, mais je l’ai soignée, elle est guérie à présent ! mentit-elle encore.

-          Vous n’êtes pas en état de repartir, trancha son supérieur. Soignez-vous d’abord, nous reparlerons de votre projet après. ».

Gloria, déçue, humiliée, repartit en pleurant à chaudes larmes. Comment était-ce possible ? Comment pouvait-on lui demander de panser une blessure qu’elle mettait tant de soins à dissimuler aux yeux de tous depuis tant de temps ? Comment avaient-ils pu s’en apercevoir ? Elle avait mis tant d’ardeur à la soigner par ses propres moyens et à taire sa douleur ! Qu’est-ce qui l’avait trahie ? Qu’allait-elle faire maintenant ? Elle aimait tant voyager ! Elle n’en pouvait plus de la paisibilité de ce royaume duveteux où rien ne se passait jamais ! Elle voulait tant repartir à nouveau, s’évader de cette prison dorée ! Et on venait de le lui interdire ! Que pouvait-elle bien faire ?

Eplorée, les larmes roulaient le long de ses joues, sans qu’elle ne cherche plus à les contenir, ni à faire appel au diamant protecteur. Secouée de sanglots, elle se laissait aller à la désespérance que lui inspirait cette situation si frustrante et à laquelle elle ne voyait aucune solution envisageable.

« - Pourquoi pleurez-vous ainsi princesse ? », lui demanda alors une voix dans son dos, une main venant se poser sur son épaule.

Surprise, la princesse se retourna et découvrit une fée vêtue d’une robe et d’un chapeau étoilés.

-          Qui, qui êtes vous ?, bredouilla-t-elle rapidement en séchant ses larmes à la hâte.

-          Je suis Athénaïs, la fée qui vous a fait don de la sensibilité quand vous étiez encore bébé, et je dois avouer que je suis assez déçue de voir ce que vous avez fait du joli cadeau que je vous avais offert, reprocha gentiment la magicienne, en fronçant les sourcils, mais en enlaçant tout de même les épaules de la princesse avec une grande douceur.

-          Ma sensibilité pouvait me mettre en danger, se défendit Gloria, il fallait que je me protège.

-          Oui, répondit une fée vêtue de rouge qui venait d’apparaître aux côtés de la première. Et pour cela vous avez créé ce diamant avec ce que je vous avais offert : la volonté !

-          Et vous, qui êtes vous ?, se renseigna la princesse d’une voix lasse.

-          Je suis Vilma, répondit l’arrivante. Et moi aussi, j’aurais préféré que vous utilisiez mon don d’une autre manière !, gronda-t-elle gentiment.

-          Cela dit je reconnais que c’était intelligent !, lança une fée vêtue de bleu qui venait de se matérialiser à son tour.

-          Et courageux !, renchérit une fée habillée de vert qui la suivait de près.

-          Et vous, vous êtes… ?, demanda la princesse, dans un soupir.

-          Sophie, répondit la première, c’est grâce à moi que vous êtes si douée pour apprendre et que vous pouvez faire preuve de si brillantes idées !, se vanta-t-elle.

-          Et moi je suis Meena !, se présenta la seconde. Vous me devez votre courage et votre goût de l’aventure !, expliqua-t-elle avec fierté.

-          Et moi je vous ai offert la beauté !, s’écria une fée vêtue de jaune, haletante, apparaissant à côtés des autres, comme en retard. Je suis Célestine !, renseigna-t-elle avant même que Gloria n’ait eu le temps de poser la question.

-          Et vous êtes encore combien ?, demanda cette dernière dans un sarcasme, d’une voix désabusée.

-          Espérons pour votre altesse que Mère ne se joindra pas à nous ce soir ! C’est elle qui vous a offert cette robe d’orgueil ! C’est à cause d’elle si vous vous trouvez dans un tel désespoir en ce moment !, répondit Sophie.

-          A cause d’elle dites-vous ? Non, je ne crois pas !, répondit la princesse en se redressant avec fierté, soulevant les pans de sa robe de ses deux mains pour pouvoir se tourner totalement face aux cinq soeurs. Il me semble bien plutôt que c’est à cause de VOUS si j’en suis là ! Et notamment de celle qui porte la robe avec les étoiles, là, accusa-t-elle, en pointant Athénaïs du doigt, et dont j’ai oublié le nom !

-          Je m’appelle…commença celle-ci,

-          …Je m’en fiche !, coupa la princesse, emplie d’une colère grandissante à mesure qu’elle parlait. Votre nom m’importe peu ! Pourquoi voudrais-je le retenir ! Voyez où j’en suis grâce à votre fameux présent ! Me voilà blessée, et enchaînée au sol dans cette cage dorée grâce à votre générosité ! Alors merci du fond du cœur !, cracha la princesse avec rancœur.

-          C’est faux !, intervint Sophie. Athénaïs vous avait offert ce présent pour vous libérer de votre orgueil, mais vous avez préféré créer ce diamant et vous couper de vos émotions !, objecta-t-elle.

-          Dans ce cas c’est donc votre faute !, accusa-t-elle en pointant Vilma du doigt. Et bien oui ! Puisque c’est grâce à vous si j’obtiens tout ce que je désire !, argumenta-t-elle avec logique.

-          Certes, certes !, reconnut la fée. Cependant jamais je n’aurais pensé que vous utiliseriez votre volonté pour vous couper de vous-même ! Le cadeau que je vous avais offert était noble et utile, mais vous avez choisi de l’employer d’une telle manière qu’il a fini par se retourner contre vous ! Je ne suis pour rien là-dedans ! C’est votre décision !, se défendit Vilma avec force.

-          Parfait !, répondit Gloria en accablant cette fois Sophie d’un regard mauvais et vengeur. Dans ce cas c’est à cause de vous! C’est vous qui m’avez fait don de l’intelligence non ? C’est donc votre faute si j’ai fait un mauvais choix ! Votre cadeau n’était peut être pas assez généreux ?!, insinua-t-elle, accusatrice.

-          Non, princesse ! Je ne vous laisserai pas dire cela !, objecta Sophie, indignée. Je vous ai offert ce présent avec mon cœur, et je n’en n’ai pas négligé la qualité ! Cette décision que vous avez prise, à ce moment là, de vous protéger de vos émotions, étaient intelligente car nécessaire à votre survie dans de pareilles conditions.

-          Alors c’est peut-être vous la responsable ?!, insinua la princesse en pointant un doigt accusateur sur Meena. Vous m’avez fait don du courage, du goût de l’aventure ! Parfait ! Merci ! Mais aujourd’hui grâce à vous je me retrouve avec cette blessure qui ne guérit pas, qui m’empêche de m’envoler à nouveau, et que je n’aurais jamais eue si j’étais restée tranquillement dans mon royaume !

-          Voyons ma chérie ! Ne soyez pas ridicule !, gronda l’accusée. Vous croyez vraiment que vous auriez préféré une vie dans laquelle il ne vous serait jamais rien arrivé ? Où tous les jours se seraient ressemblé ? Où le danger n’aurait pas existé ? »

La princesse haussa les épaules, agacée.

-          Non Gloria, reprit Sophie, sur un ton plus serein, la seule responsable de tout ceci, comme nous vous l’avons dit, c’est notre mère, et ce cadeau empoisonné qu’elle vous a fait en vous offrant cette magnifique robe d’orgueil dont vous ne voulez pas vous défaire !

-          Non, protesta la princesse, bien que d’une voix plus calme et réfléchie. Cette robe me protège de la sensiblerie qui pourrait ralentir ma progression, elle me pousse vers l’avant, me donne de l’assurance. Grâce à elle j’ai confiance en moi et cela me permet de réussir tout ce que j’entreprends. Les gens m’adorent et m’envient à la fois. Toutes les femmes du royaume me jalousent cette robe unique, changeante, si spéciale ! Dans cette robe je suis la plus belle, la meilleure, celle qui obtient tout ce qu’elle veut. Votre mère m’a fait un cadeau magnifique !

-          Non Gloria !, objecta Célestine. Elle voulait que vous pensiez ceci mais c’est faux ! Chère enfant, l’orgueil n’a jamais été une qualité ! C’est l’orgueil qui vous a poussée à vous débarrasser de cette sensibilité que tout le royaume appréciait tant chez vous ! C’est encore l’orgueil qui vous empêche de reconnaître que votre plaie est trop béante pour pouvoir n’être soignée que par des cataplasmes de fortune comme vous le faites depuis trop longtemps maintenant! C’est l’orgueil qui vous empêche de penser que vous aussi vous pouvez faire des erreurs et que ce n’est pas grave ! Cela ne fait pas de vous une personne moins intelligente pour autant ! C’est cette robe qui vous empêche d’avancer ma jolie ! Regardez-la : il vous faut quatre servantes à présent pour tenir votre traîne, et vous vous épuisez à la porter tant elle est lourde et chargée aujourd’hui ! Ne voyez-vous donc pas quel fardeau elle est devenue pour vous ? Ne comprenez-vous donc pas que l’heure serait venue d’accepter de vous en délester et de regarder votre blessure pour la faire soigner enfin ? La prison dorée à laquelle vous faisiez allusion tout à l’heure, ce n’est pas ce royaume, trésor, c’est cette robe que vous refusez de quitter et qui est en train de vous faire tout perdre, jusqu’au souvenir de cette adorable enfant que vous étiez jadis.

-          C’est vous qui m’avez fait don de la beauté et du goût pour l’esthétique….c’est votre faute…tenta la princesse d’une voix fatiguée, aux sanglots contenus.

-          Vous savez que non, répondit la fée d’une voix douce. Mère a volontairement fait cette robe magnifique précisément pour que vous n’ayez jamais envie de vous en séparer. La beauté de votre tenue faisait partie du sort qu’elle vous a jeté…je ne suis pour rien là dedans…

-          Bien, reprit Sophie après quelques secondes de silence, à présent nous vous avons tout expliqué…nous vous laissons méditer seule sur cette conversation….et si vous utilisez ce que je vous ai offert, vous trouverez la solution à vos tourments, faites-moi confiance !, promit-t-elle.

-          Oui, et mon don pourra vous aider également, assura Athénaïs.

-          Il vous faudra aussi du courage, renchérit Meena, mais je vous l’ai offert…

-          Et beaucoup de volonté !, continua Vilma, mais vous en disposez aussi.

-          Vous avez toutes les armes en mains pour dépasser ce mauvais moment, conclut Célestine. Faites bon usage de ce que nous vous avons offert, les unes et les autres, et vous sortirez de cette impasse grandie et plus légère. ».

 

dessin

 

A ces mots, les cinq sœurs disparurent, laissant la princesse seule, avec sa robe d’orgueil et une décision à prendre.

La princesse réfléchit durant de longues heures. Elle passa la nuit à se remémorer les paroles des cinq fées. Perdue dans ses pensées, elle faisait glisser le précieux tissu de sa belle robe entre ses doigts, inclinant chacune de ses pierres précieuses pour en admirer le chatoiement, caressant la douceur des rubans satinés, s’attardant sur les différentes nuances de couleurs du tissu chamarré, prenant sa traîne entre ses mains, partagée entre douleur et amour, comme lors d’un adieu.

Finalement, au petit jour, sa décision était prise.

D’un pas cependant hésitant, elle se dirigea jusqu’au cabinet du médecin qu’elle avait déjà rencontré tantôt, et, retenant son souffle, poussa la porte.

« - Je veux opérer ma blessure, annonça-t-elle d’une voix résolue, mais emplie d’une grande tristesse.

-          Très bien, princesse, mais vous avez conscience que cela nécessite de retirer votre robe ? », rappela le médecin, dubitatif.

Gloria hocha la tête sans un mot pour toute réponse et s’approcha de la table opératoire.

Le médecin lui tendit alors une simple chemise à revêtir pour l’intervention puis quitta la pièce.

La princesse s’avança vers le vêtement, le regarda quelques instants en silence, puis, avec précaution, le saisit entre ses doigts. Le tissu était fin, râpeux, beige, imprimé de motifs qui n’avaient pour seul intérêt que de pallier la presque transparence de la tunique tant ils étaient laids.

Gloria poussa un profond soupir. Puis, les yeux embués, ôta sa robe avec délicatesse, les larmes roulant sur ses joues à chaque centimètre de tissu retiré. Bientôt, et pour la première fois de sa vie, elle fut dévêtue. Quelle sensation désagréable ! Gloria se sentit si fragile, si vulnérable ! Vite elle passa la chemise laissée par le médecin et s’allongea docilement sur la table opératoire.

L’intervention se déroula sans encombre. Toutefois, après avoir endormi la princesse pour éviter tout mouvement et toute douleur, le chirurgien sentit que l’aiguille rencontrait une surface dure, a priori étrangère au corps humain… Il décida donc de commencer par retirer ce qui ressemblait à un étrange diamant noir, et qui contribuait manifestement à maintenir la plaie ouverte. Une fois ceci fait, il referma la blessure de manière à ce que la cicatrice reste la plus discrète possible, puis attendit que la princesse se réveille.

« - Comment vous sentez-vous ?, demanda-t-il lorsqu’elle ouvrit les yeux.

-          Bien, je crois, bredouilla-t-elle d’une voix douce, encore dans un demi-sommeil.

-          Je voulais tout de même vous informer : j’ai cru bon de retirer ceci », annonça-t-il en plaçant devant ses yeux le petit diamant noir.

La princesse le saisit entre son pouce et son index, l’observa quelques instants, pensive, puis sourit :

« - vous avez bien fait !, assura-t-elle, satisfaite.

-          Parfait !, dans ce cas chère princesse, l’opération est terminée, je vous laisse libre de repartir ! », déclara le médecin en quittant de nouveau la pièce pour la laisser se rhabiller.

La princesse jeta alors un regard à la chaise sur laquelle elle avait laissé sa robe d’orgueil…qui avait disparu ! A la place apparaissait maintenant une robe, courte, blanche, dentelée, dont les manches s’arrêtaient sous les épaules, et dont la ravissante jupe de mousseline descendait juste en dessous des genoux. La robe était magnifique de simplicité, et si légère à porter !

Gloria rentra au palais au pas de course. Cela faisait tant d’années qu’elle n’avait plus ressenti cette sensation de l’air contre ses jambes. Et c’était si amusant de courir comme une enfant ! Cela lui était impossible avant avec cette robe si lourde mais aujourd’hui elle le pouvait ! Et c’était si agréable ! Et Gloria se concentra sur ses sensations et s’aperçut que tout lui parvenait comme plus clairement : le diamant absorbeur à présent retiré, plus rien ne venait faire écran à sa perception du monde ! Ainsi, les parfums, la sensation du vent, chaque bruit, chaque couleur lui paraissaient aujourd’hui plus vifs et venaient l’atteindre sans qu’elle ne s’en défende. Elle savourait au contraire ces nouveaux ressentis avec bonheur, ne s’arrêtant que pour écrire un poème, ou quelques lignes, au sujet d’un détail qui était venu capter son attention, alors qu’elle courrait à perdre haleine comme un jeune faon découvrant la prairie. Elle arriva finalement au palais et fila toujours avec la même hâte jusqu’à sa chambre :

« - Je suis libre ! », se réjouit-elle en se contemplant dans le miroir…. 

   

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le monde des rêves, extrait, chapitre 6

Aislinn

«  - Aislinn? C'est comme ça qu'elle s'appelle la fée aux papillons? , demanda Luna.

-          Non. C'est nous, les habitants de ce monde qui l'avons baptisée ainsi. Ca veut dire "rêve" dans notre langue. Son vrai nom, personne ne le connaît. Aislinn ne parle pas.

-          Elle ne parle pas? , demanda Edan. Elle est muette alors?

-          Je ne pense pas, non. Je crois qu'elle est capable de parler, mais qu'elle ne le désire pas. Si un jour elle adresse une parole à quelqu'un, elle lui fera un très grand honneur.

-          Mais pourquoi elle ne veut pas parler? , demanda Edan, sans comprendre.

-          C'est Aislinn, répondit le géant dans un haussement d’épaules. Elle est comme ça. C'est une personne très mystérieuse, aussi insaisissable que le vent.  Elle apparaît et disparaît devant vous sans un bruit. Elle marche avec tant d'élégance qu'on dirait que ses pieds ne touchent pas le sol. Elle semble flotter dans les airs. Je comprends que tu l'aies prise pour une fée Luna, cela dit, elle n'en est pas une.

-          Ce n’est pas une fée? , demanda Luna, déçue.

-          Non. Aislinn est ce que nous appelons ici une "entre-deux", parce qu'elle oscille entre deux mondes. C'est une petite fille comme toi mais elle doit avoir environ l'âge d’Edan. Je te dis ça mais je n'en sais pas grand chose en fait. Personne ne connaît son âge et personne ne sait d'où elle vient. Nous se savons même pas  où elle vit lorsqu'elle se trouve dans notre monde.

-          Et dans quel monde Aislinn se rend-elle quand elle n'est pas ici? , demanda Edan.

-          Dans le vôtre, bien-sûr. Mais je crois qu'elle ne s'y plait pas. Là-bas, les gens ne la comprennent pas et la considèrent très mal. Ils ont peur d'elle, du coup ils l'évitent et la rejettent, et Aislinn se retrouve seule. Quand ça arrive, elle revient se réfugier ici.

-          Pourquoi les gens ont-ils peur d'elle dans notre monde? , voulut encore savoir Edan.

-          Aislinn est très étrange. Quand elle rencontre quelqu'un, elle se tient devant cette personne, prend son visage dans ses mains, regarde au fond de ses yeux, et s'en va en sautillant, souvent dans un éclat de rires. Ce comportement inhabituel dérange et effraie les gens de votre monde.

-          Pourquoi Aislinn agit-elle ainsi quand elle rencontre quelqu'un? , demanda Edan, intrigué.

-          Parce qu'elle sait lire dans l'âme des gens. En les regardant au fond des yeux comme elle le fait, Aislinn sait ce qui se cache au fond de leurs cœurs. Elle peut deviner leurs secrets les plus enfouis. Les gens se doutent de son pouvoir même s'ils refusent de l'admettre. C'est pour cela qu'ils se sentent mal à l'aise à ses côtés et qu'ils ne veulent pas rester avec elle: parce qu'ils pressentent qu'avec Aislinn, ils ne peuvent pas mentir ou tricher sur ce qu'ils sont réellement.

-          Et dans le Monde des Rêves, Aislinn est bien accueillie? , s'enquit Luna.

-          Ici, Aislinn est très respectée et aimée profondément de tous. Tout le monde a confiance en elle. D'ailleurs, quand Aislinn est arrivée parmi nous, nous avons organisé une réunion entre habitants du Monde des Rêves afin de définir quel serait son rôle ici, quel poste elle occuperait.

-          Pourquoi? Tout le monde a un poste ici? , demanda Luna.

-          Bien sûr! , rétorqua Igor. Tu sais Luna, protéger le Monde des Rêves est un travail difficile et de longue haleine. Nous avons besoin de tout le monde pour y parvenir. Bref, au cours de cette réunion, nous avons décidé d'un commun accord qu'Aislinn serait la gardienne des clés du Monde des Rêves. Elle seule les possède désormais. Nul être ne peut pénétrer ou sortir de notre monde tant qu'Aislinn n'autorise pas l'ouverture de la porte. J'ignore pourquoi elle vous a permis d’entrer ici. Cela fait longtemps qu'elle ne laisse plus entrer personne. Elle a dû lire quelque chose de spécial dans vos âmes qui lui a inspiré confiance..., expliqua Igor, pensif.

-          Est-ce qu'on la verra bientôt? J’aimerais bien lui poser quelques questions, demanda Edan.

-          Vous ne la verrez que si Aislinn vous y autorise. Ce n'est pas vous qui irez à sa rencontre, c'est elle qui viendra vers vous si elle le souhaite. Pour l'instant, apparemment, elle semble penser qu'il est préférable de guider votre chemin avec les papillons. Je ne sais pas si vous la rencontrerez, mais vous pouvez être surs qu'elle veille sur vous. »

 

            Edan ne savait pas pourquoi, mais le fait de savoir que cette Aislinn gardait un oeil sur eux le rassurait. Sans la connaître, sans même l'avoir jamais vue, cette jeune fille, cette entre-deux, d'après Igor, l'attirait. Les descriptions que Luna et Igor lui en avaient données avaient éveillé en Edan une très grande envie de la rencontrer. Il espérait vraiment qu'Aislinn lui ferait l'honneur de sa visite bientôt.

 

« - Il nous faut un plan, déclara Luna, après quelques minutes de silence.

-          De quoi parles-tu? , lui demanda Edan, perdu dans ses pensées.

-          Ben d'un plan pour sauver le Monde des Rêves pardi! », répondit Luna, agacée par l'étourderie de Edan.

 

            Le Monde des Rêves et le danger qui le menaçait! Edan s'était tellement intéressé à Aislinn qu'il en avait oublié le reste!

 

« - Je n'ai aucune idée de plan. Mai ce que je sais, c'est que nous ne pourrons rien faire seuls. La première chose qu'il nous faut trouver, Luna, c'est de l'aide. », déclara Edan.

 

            Luna se tourna vers le géant.

 

« - Igor, lui demanda-t-elle, toi qui connais ce monde, tu dois bien avoir une idée de qui pourrait nous aider!

-          Je ne sais pas, soupira Igor. Il y a beaucoup de gens ici qui pourraient vous être utiles, mais ça dépend pour quoi faire.

-           Pour sauver le Monde des Rêves! , s'exclama Luna, enthousiaste.

-          Non, Luna, pas pour sauver le Monde des Rêves, corrigea Edan. Ce qu'il nous faut dans un premier temps c'est de l'aide pour élaborer un plan.

-          Oui, mais pour élaborer un plan, il faut déjà savoir sur qui on peut compter, renchérit Luna.

-          Et pour savoir sur qui compter, il faudrait déjà qu'on connaisse quelqu'un, à part toi Igor, bien sûr, précisa Edan.

-          Donc ce que vous voulez c'est rencontrer les habitants d'ici pour leur demander de vous aider à établir un plan pour sauver le Monde des Rêves, c'est bien ça? , résuma Igor.

-          C'est ça, répondirent en cœur les deux enfants.

-          Dans ce cas, il faudrait convoquer tout le monde et organiser une réunion générale.

-          ça me semble parfait! », approuva Edan.

 

            A cet instant, le son d'une corne de brume retentit au loin. Igor, abaissa sa main à terre pour laisser les enfants en descendre, se releva et déclara:

 

« - Nous verrons tout ça demain. Pour l'heure, il faut dormir, maintenant, il est tard. Vous aurez besoin de force dans les jours à venir alors ne tardons pas. »

 

Disant ces mots, Igor étendit ses bras au-dessus de lui et ses mains agrippèrent quelque chose d'invisible aux yeux d’Edan et Luna. Igor tira dessus, et un immense rideau noir descendit alors du ciel et s'étendit sur le Monde des Rêves. Le géant s'avança ensuite prés du ruisseau et se mit à siffloter l'air de "Au clair de la lune", une comptine que les enfants connaissaient bien. Le ruisseau se mit soudain à scintiller dans le noir et Luna et Edan, émerveillés, purent voir une centaine de minuscules étoiles brillantes surgir de la rivière, et venir s'aligner par rangs de dix sur la berge, les unes derrière les autres. Igor claqua des doigts. Un tout petit trampoline, pas plus grand qu'une boîte d'allumettes, surgit du néant, à deux mètres environ de la rive. Igor frappa dans ses mains et les dix premières étoiles coururent jusqu'au trampoline, sautèrent dessus, et s'élancèrent dans le ciel pour aller s'accrocher sur le grand rideau noir. Igor répéta son geste une dizaine de fois et bientôt toutes les étoiles brillèrent dans la pénombre. Edan et Luna dévisageaient Igor, les yeux grands ouverts, bouche bée, émerveillés.

 

« - Alors c'est toi qui fait tomber la nuit!, s'extasia Luna.

-          Oh! Il n'y a pas que moi, il y a les autres géants aussi... », répondit modestement Igor, une main derrière la nuque, gêné devant l'émerveillement des deux enfants.

 

            Edan et Luna se turent quelques instants devant la beauté de ce ciel étoilé qui venait de se créer sous leurs yeux.

 

« - Zut!, s'exclama soudain Edan. C'est bien joli tout ça mais du coup je n’ai pas eu le temps de monter la tente tout à l'heure et nous n'avons pas d'abri pour cette nuit.

-          Les nuits sont aussi chaudes que les jours ici et il ne devrait pas pleuvoir, vous n'avez pas besoin d'abri. Des lits suffiront, expliqua Igor.

-          J'avais ramené ces feuilles là-bas pour ça, lui répondit Edan en lui désignant les feuilles qu'il avait rapportées du ruisseau un peu plus tôt.

-          C'est une très bonne idée que tu as eue jeune Edan. Ces feuilles sont solides et épaisses. Vous dormirez très bien là-dessus. Allez vous coucher maintenant, il est tard. Je resterais près de vous cette nuit et demain nous trouverons une autre solution. »

 

            Les enfants hochèrent la tête et partirent se coucher sans discuter. En s'allongeant dans la feuille qui lui servait de lit, Edan put constater qu'elle s'avérait effectivement très confortable. Il étendit ses jambes et put sentir chacun de ses muscles endoloris de fatigue se détendre un par un. Un bâillement d'épuisement fit pleurer ses yeux.

 

« - Bonne nuit Luna, bonne nuit Igor! », lança-t-il.

 

Edan, éreinté, n'eut même pas le temps d'entendre les réponses des deux autres. Il dormait déjà.

 

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le monde des rêves, extrait, chapitre 5

Le Pic de l’Enfer

« - Tu es vraiment très très grand, Igor! On ne doit pas être plus gros que des fourmis pour toi! Comment tu fais pour nous voir et nous entendre? , demanda Luna, curieuse.

-          Vous faisiez tellement de bruit tous les deux en vous disputant qu'il était difficile de ne pas vous entendre!", expliqua Igor en éclatant de rire.

 

            Luna et Edan, gênés, baissèrent la tête et leurs joues rosirent légèrement. Le géant redoubla de rires et poursuivit:

 

« - Mais non, je vous fais marcher! En vérité, si je peux vous voir et vous entendre, c'est parce que les sens des géants, la vue, l'ouïe, et l'odorat en particulier, sont beaucoup plus développés que ceux des êtres humains. Tu devines pourquoi? , demanda-t-il à Luna.

-          Je crois, répondit celle-ci. C'est parce que votre grande taille pourrait être dangereuse pour les êtres plus petits, comme nous, et vos sens sont plus développés pour que vous puissiez les voir, les sentir, et les entendre, pour ne pas leur faire de mal.

-          Tu es brillante Luna, félicita Igor, c'est en effet la bonne explication. La nature est vraiment bien faite n'est-ce pas? 

-          Vous avez dit que vous étiez un des gardiens du Monde des Rêves, qu'est ce que c'est exactement? , demanda Edan qui, comprenant que le géant ne représentait aucun danger pour lui, commençait à se décontracter un peu.

-          C'est simple, expliqua Igor, puisque nous sommes très grands, et que nos sens sont plus développés que ceux de la plupart des êtres vivants, nous pouvons voir très loin, jusqu'au-delà de l'horizon, entendre le plus petit bruit dans la forêt, celui d'une fourmi qui marcherait sur une feuille par exemple, et nous pouvons également sentir et discerner toutes les odeurs, du parfum d'une rose à l'odeur nauséabonde d'un être malveillant. C'est pour cela que nous sommes les gardiens de ce monde. Notre mission  est de protéger les rêves des enfants, mais ça devient de plus en plus difficile..., soupira le géant.

-          Un instant, l'interrompit Edan. Si je comprends bien, ce que vous êtes en train de dire c'est que cet endroit si bizarre où nous avons échoués Luna et moi serait le Monde des Rêves?

-          Tu as bien compris », répondit Igor. 

 

            Edan observa ce qui l'entourait d'un oeil nouveau, pensif. Luna et lui-même se trouveraient donc dans le Monde des Rêves. Cette idée paraissait totalement absurde à Edan. Le Monde des Rêves, d'habitude, c'est en dormant qu'on y pénétrait, pas en se perdant en forêt! D'un autre côté, si c'était le cas, ça pourrait expliquer beaucoup de choses: la mystérieuse fée qui les avait conduit jusqu'ici, la porte magique, la démesure de cette forêt avec ses arbres géants, son herbe haute de plusieurs mètres, la présence d'Igor, et peut-être même le comportement si étrange de sa soeur... S'ils se trouvaient bien dans le Monde des Rêves, comme le prétendait Igor, alors tout devenait possible, et il ne fallait plus s'étonner de rien.

 

« - Pourquoi ça devient de plus en plus difficile? , demanda Luna, curieuse, à Igor.

-          Parce que les enfants, aujourd'hui rêvent de moins en moins. Ils veulent grandir trop vite, et quelque part ils y parviennent. Ils veulent être "des grands" très tôt, et être traités comme des adultes. Du coup, ils agissent comme leurs parents et cessent de rêver, et petit à petit, la magie qui permet à ce monde d'exister disparaît. »

 

            Les yeux du géant s'embuaient de larmes. Il s'agenouilla et posa sa main ouverte devant Luna et Edan, les invitant à monter dans sa paume. Luna grimpa énergiquement à l'intérieur. Edan, plus réticent, suivit sa sœur et se hissa lui aussi dans la main d'Igor. Luna, debout, s'accrocha au pouce du géant. Edan, peu rassuré, préféra s'agenouiller et, pour plus de sûreté, s'agrippa à l'auriculaire d'Igor. Le géant éleva alors sa main à hauteur de ses yeux. Devant les enfants, tout un monde se découvrait. En dessous d'eux, vue de cette hauteur, la forêt paraissait avoir repris une taille normale. Au fur et à mesure qu'elle avançait vers l'horizon, les arbres devenaient moins grands, l'herbe moins haute, jusqu'à disparaître totalement, laissant place à la plaine qui s'étalait, plus loin, sur plusieurs kilomètres. Autour de cet espace, s'élevaient des bâtiments de forme rectangulaire.

 

« - Qu'est ce que c'est là-bas? On dirait des immeubles. , demanda-t-elle à Igor en les lui désignant.

-          Ce ne sont pas des immeubles, expliqua Igor, ce sont les maisons des géants. Comme tu vois, elles font le tour du Monde des Rêves. C'est parce que chaque maison est un poste de garde. »

 

            Edan détourna son regard des bâtiments pour suivre des yeux le cours du ruisseau qui serpentait entre les rochers. Le mince filet d'eau turquoise qu'il distinguait maintenant descendait en direction De l’est, traversait les collines verdoyantes, et venait se perdre aux pieds d’une immense cascade qui surgissait de nulle part. Elle dévalait dans le ciel ensoleillé comme un gigantesque rideau d'eau dans lequel chatoyaient les couleurs d'un arc-en-ciel qui brillait jusqu'à l’ouest du Monde des Rêves, terminant sa course dans l'eau scintillante d'un océan d'or.

 

« - C'est magnifique!, s'extasia Edan.

-          Vous voyez le volcan là-bas?", demanda Igor en leur indiquant le nord.

 

            Devant eux, très loin, dans l'horizon, le ciel devenait plus sombre. De gros nuages noirs s'amoncelaient, aspirant dans leur pénombre les rayons du soleil, recouvrant de leurs ombres les confins du Monde des Rêves. Luna et Edan tendirent le cou et plissèrent un peu les paupières. Là-bas, sous la brume des nuages noirs, se dessinaient les pics d'une montagne. Soudain, Edan poussa un cri d'effroi. Luna, jeta un coup d’œil à son frère: Son visage avait pâli brusquement.  Les traits tirés, bouche bée, les yeux agrandis par l'horreur, il regardait la montagne, pétrifié. Intriguée, Luna observa plus attentivement le volcan. Elle comprit bientôt ce qui avait tant effrayé Edan: Au sommet de la montagne, les courbes de ses contours, parfaitement arrondies au nord, devenaient progressivement de plus en plus abruptes et se rejoignaient en marquant un angle au sud, le tout formant le visage d'une tête de mort,  à l'intérieur de laquelle deux cratères brûlants de lave en éruption paraissaient deux yeux rouges brillants de haine.

 

« - On appelle cet endroit « le pic de l'enfer », expliqua Igor. Tous les cauchemars des enfants sont renfermés dans les deux cratères de ce volcan. Jusqu'ici, il était toujours resté endormi, nous l'avions toujours cru éteint. Mais depuis quelques temps maintenant, le nombre de cauchemars s'accumulant, les deux cratères sont devenus trop peu profonds pour les renfermer. C'est pour cette raison que le volcan est entré en éruption et que ces gros nuages noirs se sont amoncelés au-dessus de la montagne. La pluie qu'ils déversent sur le pic de l'enfer depuis des années n'est autre que les larmes  des enfants malheureux. Comme ils sont de plus en plus nombreux, cette nuée noire avance de plus en plus sur le Monde des Rêves.

-          Les enfants malheureux? , murmura Luna, l'air grave, qui sont-ils?

-          Il y en a dans le monde entier, petite Luna, expliqua Igor, la voix tremblante, de grosses larmes roulant maintenant sur ses joues. Ce sont des enfants à qui personne ne donne d'amour: des enfants qui n'ont pas de parents, pas de famille, des enfants à qui l'on fait du mal, beaucoup de mal.

-          Qui leur fait du mal? , demanda Edan dans un souffle.

-          Des adultes. », répondit Igor.

 

            Edan ouvrit la bouche pour protester mais Igor ne lui en laissa pas le temps et poursuivit:

 

« - Je suis d'accord avec toi Edan. Tous les adultes ne sont pas méchants. La grande majorité d'entre eux sont des gens très gentils qui aiment leurs enfants plus que leurs propres vies et donneraient n'importe quoi pour les protéger. »

 

            Edan se calma à ces mots et écoutait, maintenant, d'une oreille attentive.

 

« - Malheureusement, il existe aussi des adultes méchants, très méchants, qui font du mal aux enfants.

-          Pourquoi? , demanda Luna dont les yeux s'embuaient de lames de désespoir.

-          Parce qu'ils sont jaloux d'eux. Parce qu'ils envient leur innocence. Ces adultes là étaient souvent eux-mêmes des enfants très malheureux. C'est pour ça qu'une fois devenus grands, ils se vengent sur les enfants qu'ils connaissent.

-          Mais ce n'est pas juste, ce n'est pas la faute des autres enfants s'ils étaient malheureux quand ils étaient petits! , protesta Edan, indigné.

-          Non, bien sûr. Mais ce n'était pas de leur faute non plus si les adultes leur faisaient du mal quand eux-mêmes étaient petits. Ils n'avaient rien fait non plus pour le mériter. Mais ces enfants qui ont grandi dans la douleur, sans amour, sans protection, sont devenus fous avec le temps. Fous et dangereux. Ce n'est pas vraiment leur faute, mais c'est comme ça. »

 

Igor se tut. Les deux enfants et le géant contemplèrent ensemble, dans le plus grand silence, les nuages noirs qui s'amoncelaient toujours au-dessus du volcan.

 

« - Si ça continue, bientôt le Monde des Rêves n'existera plus. Ces nuages l'engloutiront, comme l'océan a fait disparaître l'Atlantide, il y a des millions d'années, conclut Igor dans un sanglot.

-          C'est terrible!, soupira Edan.

-          Il faut faire quelque chose! , s'exclama Luna. Toi et les autres géants vous êtes les gardiens de ce monde! Vous ne pouvez pas le regarder disparaître sans rien tenter pour le sauver!

-          Nous ne pouvons rien contre ce drame, hélas. Nos pouvoirs ne sont pas assez puissants pour lutter contre un tel amoncellement de douleur. Nous ne sommes que les gardiens de ce monde, ce n'est pas nous qui l'avons créé. Si quelqu'un peut agir, ce sont les enfants eux-mêmes, car ce sont leurs rêves qui nous permettent à tous d'exister ici. »

 

            Les regards d’Edan et Luna se croisèrent. Ils pensaient à la même chose.

 

« - Mais Igor, nous sommes des enfants, nous! Alors on doit forcément pouvoir faire quelque chose! , s'exclama Edan, enthousiaste.

-          Je ne sais pas Edan..., répondit Igor. Vous êtes des enfants, c'est vrai...mais vous n'êtes que deux. Comment deux enfants pourraient-ils lutter seuls contre ce fléau ? D'ailleurs, comment êtes-vous arrivés ici ?

-          La fée aux papillons! , s'exclama Luna, et elle expliqua toute l'histoire à Igor.

-          Ainsi c'est Aislinn qui vous a guidés jusqu'ici! ».

 

            Une lueur d'espoir s'était allumée dans les yeux du géant et un grand sourire s'affichait maintenant sur son visage

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le monde des rêves, extrait, chapitre 4

Igor

Les enfants s'arrêtèrent de manger et restèrent assis, immobiles, se regardant l'un l'autre avec inquiétude, l'oreille tendue. Bientôt un bruit sourd se fit entendre au loin, et la terre vibra une nouvelle fois.

 

«  - Qu'est ce que c'est Edan?, demanda Luna, peu rassurée.

-          Je ne sais pas. », répondit-il sans plus grande assurance, continuant à tendre l'oreille.

 

Le même bruit sourd retentit de nouveau. Il semblait moins éloigné cette fois. La terre vibra encore. Les secousses devenaient plus violentes.

 

« - On dirait que ça se rapproche. », murmura Edan.

 

Luna se rapprocha de son frère, apeurée. Edan scrutait l'horizon, regardant de tous les côtés, essayant de discerner à travers l'épaisse forêt ce qui pouvait être à l'origine de tout cela , mais le paysage restait désespérément linéaire. Pourtant le bruit  et les secousses persistaient, par accoups réguliers, s'amplifiant à chaque fois. Soudain, Edan distingua quelque chose au loin. Une immense silhouette, haute comme un gratte-ciel, se dirigeait vers eux, écartant les troncs des arbres, pourtant espacés de plusieurs mètres les uns des autres, pour se frayer un passage. 

 

« - Un géant, c'est un géant!, hurla Edan, terrifié, en bondissant sur ses jambes. Il ne nous verra jamais! On est bien trop petits! Il va nous écraser! Qu'est ce qu'on fait, qu'est ce qu'on fait? ».

 

            Edan, complètement paniqué, courrait dans tous les coins. Il  tenta d'abord de se cacher derrière un arbre, puis, à la secousse suivante il se jeta à terre pour s'allonger sous les herbes. Le sol trembla une nouvelle fois et Edan se releva aussitôt pour courir se faufiler sous une feuille, tremblant. Au séisme suivant, il tenta d'escalader le tronc d'un arbre dont il glissa. Il repartit en courrant dans une autre direction. Luna, qui n'avait pas bougé de la feuille sur laquelle elle était assise depuis le début, observait, immobile, les va-et-vient de son frère, attendant qu'il se calme. Finalement, incapable de trouver une cachette satisfaisante, impuissant face au danger qui approchait, terrifié,  Edan s'agenouilla prés de sa sœur et fondit en larmes.

 

« - Si ça se trouve c'est un ogre et il va nous manger ! », hoqueta Edan, la tête entre les mains.

 

            Luna leva les yeux au ciel et secoua la tête. Autour d'eux, les tremblements de terre devenaient de plus en plus violents. Le géant serait là dans quelques pas. Il fallait trouver une solution rapidement. Se cacher comme voulait le faire Edan était possible mais dangereux: s'ils s'aplatissaient sous l'herbe, un seul orteil du géant suffirait à les écraser.  Ils pouvaient tenter le pari de l'eau et se cacher dans la rivière en partant de l'hypothèse que le géant ne tiendrait pas à se mouiller les pieds; mais là encore la cachette était risquée: étant donné la taille du géant, le ruisseau ne représentait qu'un maigre filet d'eau pour lui et il n'était pas sur qu'il cherche à l'éviter ou même qu'il y prête attention. N'importe où que ce soit, se cacher représentait donc un risque pour les enfants.

 

« - Il faut qu'il nous voie, conclut Luna à voix haute.

-          ça ne va pas non ? ! T'es devenue folle?! Tu veux nous faire dévorer?! , harangua Edan.

-          Mais ce n’est pas un ogre, c'est qu'un géant, répondit Luna d'une voix lasse.

-          Les géants sont souvent des ogres! Tout le monde sait ça! C'est écrit dans tous les contes!

-          Les ogres n'existent pas Edan: ce sont des monstres sanguinaires imaginés par les parents dans le seul but de terrifier leurs enfants pour être tranquilles et les menacer au besoin. C'est comme les loups-garous. Je pensais que tu savais ça, Monsieur « c'est pas possible ».

-          Alors d'après toi les ogres n'existent pas mais les fées, elles, oui!

-          Ben oui, assura Luna en haussant les épaules.

-          Et pourquoi les fées seraient-elles plus réelles que les ogres? , demanda Edan, si vexé qu'il en oubliait sa terreur et le géant qui se rapprochait.

-          C'est évident! , répondit Luna. La différence est simple. Tous les personnages qui font peur: les ogres, les loups-garous ou les vilaines sorcières, sont des inventions des adultes. Par contre, les créatures magiques, rassurantes et gentilles, comme les fées, les lutins, les licornes, elles existent vraiment.

-          N'importe quoi! Tu dis ça uniquement parce que ça t'arrange de penser que les ogres n'existent pas. Moi je ne vois pas pourquoi les adultes n'auraient inventé que les personnages méchants. Je ne comprends pas pourquoi ils n'auraient pas créé aussi les gentils! , s'indigna Edan. 

-          Parce qu'ils en sont incapables, expliqua Luna. Les adultes manquent d'imagination. Si tu regardes bien dans les contes: les ogres sont des hommes qui mangent les enfants. Les loups-garous sont encore des hommes mais qui se transforment en loup à la pleine lune et veulent aussi manger des enfants. Les sorcières sont des femmes méchantes qui utilisent leurs pouvoirs pour faire du mal, très souvent, aux enfants. Tous ces personnages sont des êtres humains à la base, tous destinés à nous effrayer. Les adultes ne sont pas capables de créer, d'inventer, des êtres aussi beaux qu'une licorne, aussi intelligents qu'un lutin, aussi mystérieux qu'une fée.

-          Les lutins sont des petits hommes et les fées sont des femmes, objecta Edan. Si je suis ton raisonnement, ça veut dire qu'ils sont des personnages inventés par les adultes.

-          Dans quel but? , objecta Luna.

-          Faire rêver les enfants, répondit Edan, du ton de l'évidence.

-          Impossible: le rêve ne s'invente pas, il existe, c'est tout, et seuls les enfants y ont accès. Les adultes ont inventé les ogres, les loups-garous et les sorcières; mais s'ils connaissent les licornes, les lutins et les fées, c'est uniquement parce que des enfants leurs en ont parlé en leur racontant leurs rêves. Demande à un adulte à quand remonte la dernière fois où il a rêvé d'une licorne, il sera incapable de te répondre, il ne saura même pas te dire si ça lui est déjà arrivé.

-          Tu dis n'importe quoi! Les adultes rêvent aussi! Ce n'est pas réservé aux enfants!

-          Non. Les adultes ne rêvent pas. En tous cas ils ne font pas les mêmes rêves que nous. Ils ne le  peuvent pas. Ca leur est impossible.

-          Mais pourquoi ils ne pourraient pas rêver? Ah oui, c'est parce qu'ils manquent d'imagination c'est ça, railla Edan, hors de lui.

-          Oui, mais s'ils ne rêvent pas c'est surtout parce qu'ils ont cessé de croire. Tout est possible dans le monde du rêve. Il suffit juste d'y croire. Les adultes, eux, ne croient qu’en ce qu'ils voient et encore... Ils n'arrivent pas à imaginer que quelque chose d'invisible à leurs yeux puisse exister. Ils n'arrivent pas à comprendre qu'il y a un autre monde derrière celui qu'ils connaissent. C'est pour ça qu'ils ne peuvent accéder aux rêves.

-          Tu as l'air de connaître beaucoup de choses sur les rêves, jeune fille. »

 

            Les enfants se turent instantanément et lentement levèrent la tête dans la direction de la voix grave et rauque qui venait de les interrompre. Planté sur des jambes larges comme des troncs d'arbres, ses gros bras musclés croisés sur son torse velu, sa tête ronde et chauve penchée au-dessus d’eux, le géant les regardait, un sourire bienveillant affiché sur ses lèvres charnues. Pris dans leur débat, les enfants en avaient oublié les tremblements de terre annonçant sa venue. En voyant le géant si prés de lui, Edan ne put réprimer un cri d'effroi.

 

« - N'ayez pas peur, je ne veux pas vous faire de mal. Je me présente: je m'appelle Igor, gardien du Monde des Rêves. Et vous quel sont vos noms?

-          Moi je m'appelle Luna, répondit la petite avant de donner un coup de coude à Edan, qui restait pétrifié, pour l'obliger à réagir.

-          E….E….Edan, bredouilla le garçon.

-          Comment? Je n'ai pas compris. , demanda Igor.

-          Je m'appelle Edan!, répondit celui-ci d'une voix rapide mais claire.

-          Je suis enchanté de faire votre connaissance chers Edan et Luna, déclara le géant.

-          Nous aussi! , répondit Luna, enthousiaste.

 

            Edan, lui, se contenta d'un hochement de tête.

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